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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/768

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sortait du cabinet royal, président du conseil. Lisbonne, en se réveillant le, matin, trouvait la chose faite, le ministère renversé, le nouveau président, du conseil proclamé, l’insurrection accomplie. Il faut ajouter que la population regardait passer l’événement sans y prendre aucune part. Les chambres, qui étaient encore en session, se sont réunies immédiatement, et on s’est demandé ce que tout cela voulait dire ; personne n’a pu répondre. Le duc de Loulé, interrogé, dans la chambre des pairs, s’est borné à déclarer qu’il avait refusé, quant à lui, de contre-signer la nomination du nouveau, président du conseil, et qu’à ses yeux le roi n’était pas libre en sanctionnant cette nomination. Depuis, pour éviter toute explication embarrassante, les chambres ont été suspendues, et le mystère a redoublé.

Que signifie maintenant cette étrange insurrection portugaise qui remet la politique d’un petit pays depuis longtemps pacifié et libéral aux mains de la soldatesque ? Il est bien possible que ce soit simplement la dernière fantaisie d’un vieillard affamé de bruit jusqu’à la dernière heure et agité d’une suprême ambition de pouvoir. Tout est croyable avec Saldañha. On n’a pas tardé cependant à chercher une autre, raison plus sérieuse, et on a soupçonné que ce mouvement, après avoir été combiné avec l’Espagne, devait nécessairement avoir pour objet définitif l’union ibérique. Saldañha a-t-il eu. effectivement quelque arrière-pensée de ce genre, ou bien a-t-on cru à ce projet parce qu’on connaissait ses démarches pour faire accepter la couronne espagnole par le roi dom Fernand ? Ce qui est certain, c’est qu’il n’en a pas fallu davantage pour refroidir les Portugais, déjà fort tièdes, pour la dernière équipée du vieux duc. Les chambres avant de se séparer ont fait le serment de défendre L’indépendance du pays ; ceux qui faisaient de l’opposition à l’ancien ministre se sont ralliés à la majorité pour condamner l’insurrection. Les manifestations du sentiment national ont éclaté, avec une force singulière, et il a fallu que le gouvernement espagnol, par des déclarations devant les cartes, par des communications diplomatiques, par des télégrammes rassurans, se hâtât de se défendre d’avoir trempé dans une tentative quelconque pour faire violence au Portugal. Saldañha cependant ne dit rien ; mais il est visiblement embarrassé, et il a même une grande peine à former un ministère. L’union ibérique ! nous ne savons quand elle se fera, ni si elle existera jamais. Espagnols et Portugais ont bien autre chose à faire pour le moment ; avant d’avoir le superflu, que ne cherchent-ils à s’assurer le nécessaire, l’ordre, la liberté, la sécurité ? Le reste viendrai par surcroît, si la fortune le veut. ch. de mazade.