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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/763

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son devoir tant qu’il a pu, maintenant il se retire. Il n’est pas moins vrai que l’indépendance de l’enseignement vient de recevoir une des plus sérieuses atteintes qu’elle ait reçues depuis longtemps ; ce qui est plus grave encore, c’est que cette indépendance est fort peu défendue. Le gouvernement a laissé faire, la gauche a gardé le silence. Nous faisons chaque jour d’étonnans progrès dans la pratique de la liberté !

Assurément, si la liberté de l’esprit n’est point en sûreté à Paris, elle ne sera pas sauvée à Rome, où le concile s’achemine d’heure en heure vers le grand dénoûment pour lequel il a été convoqué. On touche en effet au moment décisif où le Vatican va s’illuminer pour l’infaillibilité personnelle du pape. Jusqu’ici ce n’étaient que des polémiques, des lettres, des mémorandums, des mandemens que clercs et laïques, évêques et gouvernemens se jetaient à la tête. Maintenant la question est en délibération dans le concile même, et la discussion, engagée il y a quelques jours déjà, traîne sous les chaleurs, qui commencent à devenir accablantes pour ces sept ou huit cents vieillards accourus à Rome de toutes les parties du monde. Le résultat n’est guère douteux, on le sait bien ; il a été préparé avec cette ténacité d’esprit que les passions religieuses expliquent seules. Le pape tient de toute son âme à être infaillible et à laisser à l’église ce mystique héritage ; ceux qui l’entourent ne sauraient lui refuser de mettre sur sa tête branlante cette suprême couronne. Les partisans du dogme nouveau s’agitent pour achever leur victoire.

Ce n’est pas moins un fait curieux et significatif que cette discussion qui se prolonge au-delà de tout ce qu’on pensait au sein du concile, ce défilé d’orateurs, d’évêques venant témoigner de leurs résistances à une nouveauté périlleuse. La lutte semble assez sérieuse et ne laisse pas d’être vive ; l’opposition tient tout au moins à combattre jusqu’au bout, et dans les dernières séances qui ont eu lieu au Vatican plusieurs prélats ont fait entendre de dures vérités. Un évêque hongrois n’a point hésité à déclarer que le dogme nouveau aurait inévitablement de désastreuses conséquences pour l’unité religieuse dans son pays, et de son côté un autre dignitaire de l’église autrichienne, le cardinal-archevêque de Prague, le prince Schwartzenberg, aurait dit que, si on votait le schema sur l’infaillibilité, il fallait s’attendre « à voir les schismes reparaître et l’anarchie des croyances déchirer encore le sein de l’église catholique. » C’est bien au contraire l’unité de l’église qu’on prétend sauver par l’inspiration du Saint-Esprit que les Romains sont invités à faire descendre sur le concile, et on comprend qu’avec cette croyance il n’y a pas moyen qu’on s’arrête en chemin. L’infaillibilité est le salut, et, comme l’a dit le pape, si on ne l’a pas pour l’a fête de saint Pierre, on l’aura pour l’Assomption de la sainte Vierge ; mais on l’aura, l’opposition des évêques français, allemands ou américains ne servira qu’à rehausser le triomphe de l’om-