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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/719

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le sens par l’habileté de l’interprétation, en corriger les formes quelquefois un peu turbulentes par les scrupules ou la fermeté du dessin.

C’est également par une très heureuse association des suggestions du goût personnel et des enseignemens dus aux maîtres que se distinguent les deux grandes compositions dont M. Laugée a orné l’un des bras de la croix dans l’église de Sainte-Clotilde à Paris. Ici toutefois les exemples qu’avait consultés M. Hesse ne pouvaient utilement trouver leur emploi, et la méprise eût été grande de demander aux peintres vénitiens des leçons pour représenter le Baptême de Clovis ou sainte Clotilde secourant les pauvres. Aussi M. Laugée s’est-il adressé ailleurs. Tout en faisant à la couleur une part assez large pour que la signification des deux scènes achevât par là de se dégager, il n’a eu garde de rechercher cet éclat dans les tons, ce luxe qu’excluaient naturellement les conditions morales de la tâche et le lieu où il devait l’accomplir. Ce serait plutôt de certaines fresques appartenant à l’école bolonaise qu’il semblerait avoir pris conseil, et s’il fallait, pour faire pressentir les caractères de son œuvre, choisir un type dans le passé, peut-être serait-on autorisé à dire que la sainte Clotilde secourant les pauvres procède des scènes de la vie de sainte Cécile peintes par le Dominiquin, à Rome, sur les murs de Saint-Louis-des-Français. A quoi bon insister au surplus ? La manière de M. Laugée est en réalité trop éclectique, elle révèle, dans les intentions comme dans les formes du style, un désir trop sincère de concilier les traditions consacrées avec des aspirations toutes modernes pour qu’on cherche à lui assigner d’autres origines que sa modération même et sa studieuse bonne foi. Veut-on des preuves de cette habileté à rapprocher et à fondre des élémens contraires en apparence, que l’on jette les yeux sur les figures qui reçoivent les aumônes de la sainte, et notamment sur l’enfant placé en face d’elle. Il y a là, dans la simplicité des attitudes et des gestes, dans la franchise avec laquelle les haillons mêmes sont reproduits, quelque chose de véridique et de foncièrement naturel qui accentue le fait représenté dans le sens de nos coutumes d’esprit ou de nos inclinations présentes, tandis que l’ordonnance générale de la scène garde une majesté architectonique aussi conforme aux souvenirs de l’art classique qu’aux exigences spéciales du sujet. N’était çà et là quelques traces d’incertitude, quelques faiblesses même, — dans le dessin par exemple de la religieuse qui se penche vers un pauvre, vu de dos au premier plan, — r ou si, dans le Baptême de Clovis, la recherche de l’harmonie n’aboutissait parfois à un coloris trop tendre, à une délicatesse voisine de la fadeur, l’œuvre de M. Laugée ne mériterait guère que des éloges. Telle qu’elle est et malgré ces imperfections