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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/713

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presque coupable, une offense au goût et à la religion du beau ; mais, pour prêcher l’hérésie avec cette éloquence, il faut au moins une singulière puissance de conviction, et ceux qui reprocheront au peintre de s’insurger contre les saines doctrines ne refuseront pas plus d’honorer sa sincérité dans la révolte que de rendre la justice qu’elle mérite à son énergique habileté.

S’il fallait opposer un parfait contraste aux inclinations et à la manière de M. Munkacsy, on le trouverait dans l’Education d’un prince par M. Zamacoïs, dans le Gulliver de M. Vibert, ou dans tel autre ouvrage de cette gaie et spirituelle petite école qui, enjolivant l’anecdote ou le conte d’une pointe de satire, tourne une plaisanterie pittoresque comme un chansonnier un couplet. Sans doute ces menues scènes de mœurs sont traitées avec beaucoup de finesse narquoise et quelquefois avec un profond esprit d’observation, sans doute la justesse et la variété des intentions qu’expriment les attitudes ou les physionomies sont relevées encore par l’extrême précision du faire ; mais était-il bien nécessaire pour représenter, par exemple, cette éducation d’un prince, — c’est-à-dire un marmot abattant des soldats de bois devant quelques vieux courtisans qui s’extasient devant son adresse, — était-il opportun même de recourir aux procédés de la peinture à l’huile ? Un croquis lithographique ou une aquarelle nous en aurait dit tout autant, et des épigrammes qu’on passe un aussi long temps à polir, des traits d’esprit qu’on aiguise avec cette patience, risquent de perdre dans les formes quelque chose de leur vivacité naturelle et de la légèreté qui convient.

Bien que les représentans principaux de ce qu’on pourrait appeler la peinture ethnographique se soient abstenus cette année, bien qu’on ne voie au Salon aucun tableau de M. Gérome, de M. Fromentin, de M. Belly, le contingent en ce genre fourni par notre école est plus abondant que jamais. Sans compter le grand tableau de M. Dehodencq, une Fête juive à Tanger, que de souvenirs de l’Algérie et du Maroc par MM. Bédouin, Guillaumet, Magy et vingt autres ! Que d’études de coutumes ou de costumes depuis les Derviches hurleurs de M. Gide et les Russes de M. Patrois jusqu’aux sujets turcs, égyptiens, italiens, espagnols, chiliens ou chinois, traités, — pour ne citer que ces noms, — par MM. Pasini, Darjou, Canon, Blanc, Pallière et Delamarre ! Parmi ces innombrables œuvres appartenant à un ordre tout descriptif, ou, si. l’on veut, parmi ces impressions pittoresques de voyage qui se multiplient d’année en année, quelques-unes, il est vrai, comme une Rue à Jérusalem par M. Bonnat, et l’Emir par M. Boulanger, se distinguent par un mérite assez personnel, elles offrent assez d’intérêt pour que les artistes qui les ont signées puissent être regardés