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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/709

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qu’après de longues fatigues, si tant est même qu’on s’avise d’y pénétrer. Comme la toile de M. Cabanel, l’œuvre de M. Jalabert se distingue par la finesse du sentiment, par l’unité des intentions que traduisent le dessin et le coloris ; elle laisse également deviner un grand fonds de savoir sous l’extrême réserve du style. Seulement, à force de redouter la violence et l’éclat, ce style ne laisse pas de s’apaiser parfois outre mesure, et de voiler en partie le charme qu’il recèle. Quand M. Jalabert consent à s’observer un peu moins, à se défier moins de lui-même, sa manière n’y perd rien en élégance ou en correction, et elle y gagne une certaine vivacité caractéristique. Nous n’en voulons d’autre témoignage que la jolie petite figure qui, sous le titre de Souvenir d’un bal costumé, représente la femme d’un des peintres contemporains les plus renommés.

Rien de moins voilé au contraire, rien de moins suspect de modération que le goût et la manière de procéder dans le robuste portrait de femme en pied dont M. Carolus Duran est l’auteur. Peu s’en faut qu’ici l’énergie de l’exécution ne dégénère en âpreté, la franchise de l’effet en brusquerie, et que le contraste entre le brillant de ces chairs, de ces satins argentés et le ton vigoureux du fond ne donne à l’aspect une violence pour le moins déplacée en pareil cas. Toutefois, malgré les emportemens de cette manière et les formes presque vulgaires de ce style, l’œuvre de M. Carolus Duran révèle des qualités assez sérieuses, elle fournit des preuves de talent assez sûres pour qu’on n’hésite pas à lui assigner une des premières places parmi les travaux du même genre exposés au Salon. Si après avoir jeté les yeux sur ce portrait on les reporte sur les toiles environnantes, on sentira par le seul fait de cette comparaison ce que la peinture de M. Dura*i a de solide au fond, de copieux, de succulent, et quelle vigueur saine elle garde jusque dans l’abus de la force même, jusque dans l’excès de la fermeté.

La fermeté, n’est-ce pas là aujourd’hui la préoccupation dominante et aussi le principal danger du talent de M. Dubufe ? les d’entendre louer depuis si longtemps son habileté à peindre les femmes, cet artiste a voulu se réformer par la virilité de la pratique aussi bien que par le choix des modèles, et l’on sait les progrès en ce sens qu’il a faits depuis quelques années. Les beaux portraits entre autres de M. Mosselman et de M. Paul Demidoff, au Salon de 1868, ont prouvé que M. Dubufe était capable de peindre les hommes au moins aussi bien que les femmes ; les portraits qu’il expose aujourd’hui de M. Lefuel et de M. Onfroy de Béville nous semblent exagérer quelque peu les caractères de la conversion accomplie, et peut-être serait-il temps que, sans cesser de rechercher un style ferme, M. Dubufe craignît davantage de rencontrer un style dur, des formes d’expression en quelque façon métalliques.