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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/702

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traités et variant leurs attitudes suivant les besoins de l’ordonnance ? N’y a-t-il pas dans la ruine de Corinthe aussi bien que dans les massacres de Varsovie quelque chose de général et d’éternellement humain qu’il importait de faire ressortir autant pour le moins que les formes tout extérieures du fait ? M. Tony Robert-Fleury ne semble pas s’être assez préoccupé de cette condition nécessaire de sa tâche. On dirait que les figures qu’il a groupées s’arrangent pour exciter l’intérêt du regard de préférence à la pitié du cœur, et que sous les dehors de la désolation elles songent surtout à combiner des lignes, à concourir de leur mieux au charme ou à la majesté de l’aspect.

Cette prédominance du moyen pittoresque sur l’expression morale, qui donne presque à la composition dont il s’agit la simple signification d’une réunion d’études, rappelle donc, à l’emphase près, les procédés de l’école de Fontainebleau, sinon même ceux de Lethière, bien plutôt que l’austère méthode de Poussin et des autres grands maîtres français. Encore pourrait-on ajouter que, malgré les exagérations de leur manière, les disciples du Primatice ou de Niccolo dell’ Abbate auraient mieux su, en pareil cas, racheter l’insuffisance ou l’invraisemblance de l’invention par l’ample élégance, par les formes épiques du style. Le style, c’est-à-dire l’art d’ennoblir le vrai, de l’achever en le revêtant d’une apparence nettement caractéristique, est en effet ce qui manque à l’œuvre de M. Robert-Fleury. Elle révèle beaucoup de savoir, une pratique. consciencieuse de toutes les lois de la grammaire pittoresque, sans laisser pressentir au-delà de cette estimable correction ce je ne sais quoi de rare et de personnel qui fait le fond des œuvres vraiment inspirées, et qui en vivifie jusqu’aux défauts. On n’en a pas moins le devoir de louer, dans le tableau peint par M. Robert-Fleury, la fermeté du dessin et du modelé, l’harmonie du coloris, bien qu’elle résulte en général un peu trop de l’emploi des tons roux, enfin et surtout l’empreinte d’une volonté virile d’entrer en lutte avec les plus hautes difficultés de l’art. Travailler de nos jours à rétablir le talent dans une sphère supérieure aux humbles régions où les ambitions du plus grand nombre semblent avoir élu domicile, préférer les progrès qu’on peut faire à l’habileté que l’on possède déjà et qu’il suffirait de vouloir exploiter, ce n’est pas certes une inclination vulgaire, et lors même que de pareils efforts n’amèneraient qu’un résultat incomplet, il faudrait au moins honorer le désintéressement qui les inspire et le courage qu’on a de les tenter.

Une des œuvres les plus remarquées au Salon, et une des plus remarquables en effet, est l’éblouissante figure de femme peinte par M. Regnault avec une audace toute juvénile, avec le parti-pris manifeste de démentir les traditions, quelles qu’elles soient, de braver, aussi bien que nos habitudes françaises, les lois