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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/699

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pas de ces réclamations naïves qui se sont publiquement produites avant l’exposition contre « l’aristocratie du talent, » dont on déclarait sans façon « avoir assez, » ou contre l’usage fâcheux des récompenses qui « humilient les hommes auxquels on n’en accorde pas. » Il n’y a rien là qui puisse tirer à conséquence ; mais, à côté de ces enfantillages, d’autres symptômes plus sérieusement compromettans pour la dignité de notre école méritent d’être relevés et signalés. Convient-il par exemple de laisser si bien le champ libre à toutes les prétentions que les débutans de la veille ou les représentans d’un art secondaire, parfois même infime, puissent, dans le jury, usurper la place des maîtres et se trouver investis du droit de délivrer à autrui, sous forme de médaille, un brevet de capacité qu’eux-mêmes antérieurement n’avaient pas su gagner ? Je n’exagère rien : il est telle section du jury élu en 1870 où plusieurs membres en sont encore à attendre une première récompense pour leurs œuvres ; leurs noms, connus seulement de quelques jeunes artistes, ne laissent pas de faire d’autant mieux ressortir, sur la liste où ils figurent, l’absence d’autres noms consacrés par de longs succès. En outre est-il bien rassurant, pour ceux des exposans qui prennent leur art le plus au sérieux, de voir dans l’aréopage appelé à décider de leur sort tant d’hommes voués au culte du pur agrément pittoresque, des menues élégances ou des vulgaires réalités ? L’équité n’exigerait-elle pas que des mesures fussent adoptées pour garantir à tous les justiciables la parfaite compétence des juges, et pour empêcher les vaudevillistes de la peinture ou de la gravure de siéger, quelquefois en majorité, là même où les œuvres en cause appartiennent à un ordre d’art et d’esthétique tout différent ?

Nous ne demandons pas pour cela qu’on ne tienne aucun compte des mœurs ou des inclinations actuelles, et que par un abus d’autorité, par un imprudent défi à la liberté des opinions, on entreprenne de rétablir dans le domaine de l’art une sorte de religion de l’état. Sans doute il ne dépend ni d’un administrateur, ni de personne, de réformer par décret le goût d’une époque et d’obliger les gens à se détourner de ce qui les séduit pour n’admirer que ce qui est revêtu d’une approbation officielle. Il n’en est pas moins vrai qu’ici comme ailleurs l’état a des devoirs impérieux et une fonction, qu’il ne peut, en face des tentatives qui s’accomplissent, s’en tenir au rôle de témoin désintéressé, se résigner au fait, quel qu’il soit, au lieu d’en tirer des ressources pour fortifier le présent et pour préparer l’avenir. Ce qu’il peut, ce qu’il doit, c’est intervenir dans les affaires de l’art national, non certes avec la prétention de susciter à son gré de grands artistes, mais avec la ferme volonté d’élever dans l’école et dans le public le niveau des doctrines, d’approprier ! partout les tâches aux talens, les institutions aux besoins, les