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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/679

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LE RÉGIME MUNICIPAL DES VILLES.

un plan d’ensemble pour l’embellissement de la capitale de l’Angleterre. La Tamise sera bordée de quais spacieux sur lesquels s’élèveront un palais de justice, de nouveaux musées, l’amirauté, le ministère de la guerre, et sous lesquels un chemin de fer souterrain se reliant à tous les chemins de fer métropolitains établira des communications rapides. Ces grands travaux entraîneront des dépenses considérables, et déjà il a été beaucoup dépensé. La Cité seule a consacré 165 millions à ses travaux, et le bureau métropolitain, en moins de dix ans, a emprunté plus de 250 millions, que le gouvernement, au mois de juillet 1869, a proposé de consolider en une dette unique garantie par l’état, projet qui a excité de vives réclamations, fort analogues aux plaintes que les affaires de Paris provoquent de ce côté-ci de la Manche.

En résumé, l’administration municipale de Londres est un chaos en voie de transformation. Le régime de cette administration est entièrement distinct de celui de toutes les autres villes du royaume. La ville est trop vaste pour ne composer qu’une seule municipalité. Le problème à l’étude consiste à combiner les avantages du self-government local avec la nécessité d’une action centrale et collective. Déjà le service des travaux a été centralisé. En outre la police a été, comme la force militaire, entièrement placée sous la dépendance directe de la couronne. Le véritable conseil municipal de Londres, c’est le parlement. Il intervient sans cesse dans tous les emprunts, dans toutes les expropriations, dans tous les grands travaux, et il fixe avant tout les limites des taxes qui peuvent être levées par les pouvoirs locaux ; mais dans ces limites la proportion, la spécialité, le mode de perception, la dépense des taxes, qui reposent presque toutes sur les propriétaires et les locataires, sont déterminés par ces contribuables eux-mêmes, représentés dans les vestries, les bureaux, le metropolitan board, enfin au parlement. Le droit électoral n’est exercé d’ailleurs que par les contribuables et les domiciliés ; aucune intervention n’est accordée à la population indigente ou nomade, à ceux qui reçoivent sans payer, à ceux qui jouissent sans contribuer, et il en est ainsi dans toute l’Angleterre en matière d’administration municipale. Les cordons de la bourse sont tenus exclusivement par les représentans élus de ceux qui la remplissent. Ajoutons ce dernier trait, que tout ce qui peut être administré directement, librement par les intéressés, est laissé à leur disposition : la paroisse à ses fidèles, l’école à ses fondateurs, l’hospice à ses bienfaiteurs, les travaux, les subsistances[1], les constructions, à l’industrie privée et à la libre association. Enfin tout ce qui exige

  1. Robert de Massy, Des halles et marchés à Londres et à Paris.