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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/646

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REVUE DES DEUX MONDES.

le spectacle toujours nouveau des champs pour une salle obscure et triste, où ils viennent s’entasser dans une atmosphère corrompue. On s’est trop fait chez nous à l’idée que les choses de l’esprit ne viennent qu’en seconde ligne, et que l’on doit dépenser pour elles le moins d’argent possible. Nous estimons fort l’instruction, mais nous lui marchandons volontiers les secours. Il n’en est pas ainsi aux États-Unis ; ce peuple américain, si industrieux, si commerçant, si préoccupé des moyens d’acquérir la richesse, tient en grand honneur les écoles et sait faire pour elles des sacrifices importans. Pour loger convenablement nos instituteurs et leurs élèves, il nous faut de nombreux millions et une activité incessante pour les bien employer, Il est vrai que, si sur ce point l’état de nos établissemens d’instruction est resté stationnaire, la marche ascendante qu’a suivie le nombre de nos écoles et des élèves ne s’est pas ralentie. Qu’on ne craigne pas de nous voir multiplier ici les chiffres, ils ont leur intérêt et leur éloquence. En 1865 commençaient à se faire sentir les heureux résultats de la vigoureuse impulsion que M. Duruy avait communiquée à l’instruction primaire. Sur 37, 548 communes, 694 étaient dépourvues d’écoles, et envoyaient leurs enfans dans les écoles des communes voisines ; 53, 350 écoles publiques réunissaient une population de 3, 477, 542 élèves des deux sexes ; 16, 349 écoles libres renfermaient 958, 928 élèves. — Il y avait donc en France 69, 699 écoles primaires publiques ou libres, et le bienfait de l’instruction primaire s’étendait à 4, 436, 470 enfans. En comptant les salles d’asile, le nombre des écoles s’élevait à 73, 271, et celui des élèves à 4, 855, 238. — 600, 000 personnes venaient en outre réparer dans les cours d’adultes les lacunes de leur première éducation.

Ces chiffres sont très satisfaisans, si l’on pense que d’après le dernier recensement, sur une population de 37, 382, 225 habitans, on compte 4, 018, 427 enfans de 7 à 13 ans. La population des écoles se composant d’enfans de moins de 7 ans et d’autres de plus de 13 ans, nous ne devons pas nous étonner de voir le nombre des élèves dépasser le nombre des enfans inscrits dans ce recensement. C’est là ce qui cause l’excédant et ce qui rend difficile la rigoureuse exactitude des statistiques. L’âge auquel chaque enfant commence à suivre l’école variant souvent d’une manière considérable, on ne peut établir d’une façon certaine combien d’enfans restent privés de toute culture. D’après les enquêtes officielles, on peut évaluer cependant à 440, 000 le nombre de ceux dont les premières années ont été entièrement privées d’instruction. Ces 440, 000 enfans voués à l’ignorance constituent un mal sérieux et digne de toute notre attention ; mais ce n’est pas encore là le danger le plus grave. Ce qui est surtout à redouter, et ce qui est malheureusement plus diffi-