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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/635

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LE DRAME DU VÉSUVE.

langer, fit exploiter le sol par son architecte Giuseppe Standardo, en tira des marbres, des statues[1], vingt-quatre colonnes de jaune antique qu’on prétendait entourer un temple circulaire d’Hercule. Ce travail de mineur, conduit par des boyaux qui contournaient les monumens et y pénétraient, aurait été, sinon impossible dans la lave véritable, du moins tellement dispendieux qu’un particulier n’en aurait pas supporté le fardeau. Dans la cendre au contraire, ce n’était qu’un jeu ; à mesure qu’un corridor devenait inutile, on le rebouchait avec les cendres extraites du corridor qu’on creusait à côté et qu’on poussait dans une autre direction.

En 1736, don Carlos, devenu roi des Deux-Siciles, désira construire à son tour un château à Portici. Le prince d’Elbeuf lui céda son terrain, où les fouilles, je devrais dire les dévastations, furent reprises avec une activité d’autant plus grande que le roi voulait former un musée dans son palais. Non-seulement on détacha les marbres et les pierres des revêtemens, non-seulement on enleva les colonnes qui soutenaient les portiques, mais on ruina les enduits de stuc pour emporter les peintures et les ornemens qui les décoraient. Près de sept cents morceaux furent réunis à Portici, et l’on peut croire qu’on en a gâté autant sans réussir dans cette opération difficile. Ce qui excitait surtout la convoitise, c’étaient les belles statues de bronze qu’on découvrait intactes. Aussi l’académie d’Herculanum, fondée par le roi en 1755 et dont les membres se réunissaient chez le marquis Tanucci, appliquait-elle tous ses soins à la publication des monumens figurés, sans songer ni à conserver ni à décrire les monumens d’architecture que les ouvriers ravageaient dans leur travail souterrain. Les premières plaintes vinrent des habitans de Portici, qui sentaient le sol miné sous leurs pieds et craignaient les éboulemens. On fit droit à leurs réclamations. L’ingénieur suisse Carl Weber, qui remplaça l’Espagnol don Rocca Alcubierre, laissa de distance en distance des piliers qui consolidaient ces sortes de carrières pendant, qu’on les exploitait ; dès qu’elles semblaient épuisées, on les remplissait.

Il paraît toutefois que Carl Weber prenait note des découvertes et les consignait sur un plan. Ce plan, dont l’étendue n’a jamais dû être considérable, a été perdu, et la topographie d’Herculanum est restée un mystère. Les publications du graveur Cochin et de l’ar-

  1. Parmi ces statues, je signalerai celles qui sont aujourd’hui au musée de Dresde. Le vice-roi de Naples Charles Borromée les avait réclamées et envoyées en présent au prince Eugène ; Victoire de Savoie, nièce et héritière du prince Eugène, les vendit au roi de Saxe en 1730. Winckelmann y voulait reconnaître des vestales : elles se rapprochent plutôt des filles de Balbus qui sont au musée de Naples, et qui ont été trouvées dans le même endroit.