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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/634

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REVUE DES HOMMES.

chambres, le niveau de l’eau montait, de nouveaux dépôts s’accumulaient, les cendres qui tombaient du ciel à flots pressés se mouillaient aussitôt et grossissaient les atterrissemens. C’est ainsi qu’en quelques jours, en quelques heures peut-être, une cité florissante se trouva plongée sous une épaisseur moyenne de 20 mètres de boue. Les habitans qui ne s’étaient pas enfuis à temps furent noyés. En vain ils montèrent au premier étage, puis au second, puis sur les terrasses ou les toits : il fallut périr, ils durent laisser dans cette cendre liquide l’empreinte de leurs cadavres.

Quand les eaux se furent écoulées, on ne vit plus qu’un monticule grisâtre, raviné à la surface par les petits ruisseaux qui avaient tari les derniers. Rien n’émergeait plus, ni le fronton des temples, ni les murs du théâtre, ni le faîte des édifices les plus élevés. Sous une carapace qui allait chaque jour se tasser et durcir, Herculanum était bien autrement ensevelie que ne l’était Pompéi. Ce n’étaient pas 15 pieds de pierres ponces qui remplissaient le rez-de-chaussée et le premier étage des maisons jusqu’aux fenêtres, c’étaient 70 et 80 pieds de matière compacte qui cachaient même l’emplacement de la ville. Les habitans qui n’avaient pas succombé durent revenir plus tard, comme ceux de Pompéi ; moins heureux, ils ne purent rechercher leurs demeures, qu’aucun indice ne leur signalait, et qu’il leur paraissait impossible d’atteindre à des profondeurs inconnues. On croit avoir remarqué des traces de fouilles faites hors de la ville, au-dessus de la riche villa où les modernes ont recueilli 1 756 papyrus ; mais les propriétaires ne creusèrent pas assez bas, leur tentative fut vaine : les richesses d’art qu’on a trouvées il y a cent ans et qu’ils n’auraient pas manqué de reprendre en sont la preuve ; on les connaîtra tout à l’heure. Il est probable que le principal obstacle aux fouilles, ce fut, après la profondeur, l’humidité d’un sol d’alluvion où tout travail devenait bientôt impraticable.

Mais après seize siècles l’humidité s’est évaporée et les laves baveuses sont aujourd’hui assez compactes et assez résistantes pour qu’on puisse les creuser dans tous les sens. La surface a été rendue à la culture, des maisons s’y sont construites, Portici et Résina sont peuplées et florissantes. De nouvelles éruptions ont jeté un linceul plus épais sur Herculanum, qui semblait à jamais effacée du monde, lorsqu’en 1684 un boulanger, faisant creuser un puits, tomba sur des ruines antiques ; c’étaient celles du théâtre, où l’on montre toujours le puits de 1684. En 1720, Emmanuel de Lorraine, prince d’Elbeuf, qui était venu à Naples comme général dans l’armée espagnole et avait épousé la fille d’un grand seigneur napolitain, voulut bâtir une villa à Portici. Il acheta le terrain du bou-