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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/618

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REVUE DES HOMMES.

En 1592, l’architecte Domenico Fontana, qui avait érigé l’obélisque du Vatican et dont on voit le buste sous le porche de l’église de Monte Oliveto, construisait un aqueduc pour conduire l’eau du Sarno jusqu’à Torre dell’Annunziata. En creusant pour les eaux un chemin souterrain qui existe et sert toujours, il traversa Pompéi depuis la rue de Stabies et le temple d’Isis jusqu’au forum et au temple de Vénus. Il n’y fit aucune attention, non plus qu’à une inscription qui portait le nom de Venus Pompeiana. En 1689, Giuseppe Macroni signala quelques traces de constructions, une serrure dévorée par la rouille, une pierre avec le mot de Pompei. Il en conclut que cette pierre appartenait à quelque monument consacré au grand Pompée. Enfin en 1748, le gouvernement, averti par les découvertes d’un paysan qui, en creusant un fossé, avait ramassé un Priape de bronze et un petit trépied, fit entreprendre des fouilles ; l’ingénieur don Rocco Alcubierre et ses contemporains croyaient retrouver Stabies.

Ce fut le 30 mars 1748 qu’Alcubierre fut autorisé par le roi Charles III (don Carlos d’Espagne) à tenter cette exploration. Herculanum, connue depuis 1721, fouillée depuis 1738, avait ouvert tous les yeux. Le roi comptait enrichir plus vite le musée qu’il fondait à Portici, et dont Herculanum faisait seule les frais. Alcubierre commence aussitôt un journal et met en titre Cava de la Cività, ce qui indique qu’il n’attache pas de sens au mot cività, qu’il le considère comme un nom propre dénué de sens, ainsi que la plupart des noms de localité : autrement, le journal étant rédigé en espagnol, il aurait mis en tête Cava de la Ciudad. Le 17 avril, on rencontre dans la rue de la Fortune le premier cadavre ; le 6 juillet, on est arrêté par des exhalaisons de gaz acide carbonique ; le 25 novembre, on commence à déblayer l’amphithéâtre, qui était apparent et qu’Alcubierre appelle l’amfiteatro de Estabia. Deux ans après, les travaux sont abandonnés. On lit à la date du 22 septembre 1750 : « J’ai décidé de retirer quelques ouvriers que j’avais à l’Annonciade, parce que depuis longtemps on n’a rien trouvé de substantiel, cosa sustancial. » En 1754, quatre hommes remuent la terre du 9 au 13 novembre, et sont de nouveau rappelés. Enfin le 30 mars 1755, les fouilles reprennent parce qu’un habitant du pays a rencontré une colonne de vert antique ; on s’empare de la place, on cherche et l’on recueille trois colonnes semblables qui sont envoyées à Portici. Ce n’est que le 27 novembre 1756 que le nom de Pompéi se glisse pour la première fois sous la plume du rédacteur du journal : Entre los edificios arruynados de la Pompeana. Enfin le 20 août 1763 une inscription monumentale apparaît auprès du tombeau de Mammia. Sur un piédestal de travertin, il est déclaré que T. Suédius