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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/566

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que que dans celui d’une dynastie. Si nous sommes devenus incrédules aux légendes pieuses de la légitimité, ce n’est pas pour nous remettre sous le joug d’une légitimité nouvelle, celle d’un radicalisme d’illuminés.

Il y a des républicains de conviction. Je ne vois rien là que de fort naturel, pourvu que cette doctrine se subordonne à la souveraineté nationale, et qu’elle attende tout de la force de la logique, de l’épuisement des formes dynastiques, de l’expérience et du temps. Il en est tout autrement des républicains d’inspiration. Ceux-ci se réclament d’un principe transcendant pour en finir avec des formes et des institutions qui leur déplaisent. On a quelque droit de se défier d’eux, parce qu’ils se croient au fond supérieurs à la souveraineté nationale, et qu’ils pourraient bien un jour la brusquer ou la surprendre, comme cela s’est déjà vu. Ils puisent dans la conscience obscure d’une mission mal définie des affirmations passionnées dont l’effet est de troubler les esprits au lieu de les éclairer, des moyens d’action et de propagande qui pourraient devenir la violence à un moment donné. — C’est ce qu’exprimait spirituellement un homme politique de ce temps, un de ceux qui voient le plus juste et le plus clair, quand il posait la distinction de ces deux écoles, celle de la république acceptée et celle de la république imposée. La république acceptée, c’est un grand fait de souveraineté nationale librement approuvé et consenti. Rien de plus régulier ni de plus légitime. La république imposée, c’est la confiscation de la volonté du pays au profit d’une théorie, c’est le droit positif violé par un droit mystique, c’est la violence aggravée d’une hypocrisie.

On appuie ce nouveau droit divin des efforts d’une logique à outrance. On fait valoir l’incompatibilité d’essence entre le principe monarchique, qui suppose que le peuple a délégué sa puissance à un homme, et le principe de la souveraineté nationale, qui lui interdit une pareille délégation. On se sépare avec éclat à ce propos de la doctrine du Contrat social, on proclame bien haut que Rousseau a tort de prétendre que le peuple ne peut reprendre à chaque instant la puissance qu’il a déléguée ; on ne fait aucune difficulté d’avouer que les théories de Rousseau ne sauraient s’accorder avec les principes et les espérances de la démocratie contemporaine. On fait de la métaphysique pour démontrer que le peuple n’a aucun droit de se lier ni dans le présent ni dans l’avenir, que la souveraineté ne peut ni s’aliéner, ni s’interrompre un seul instant, ni céder une seule partie d’elle-même, que rien ne doit la limiter ni dans le temps, ni dans l’espace, enfin qu’indivisible et absolue, elle ne cesse pas de se retremper dans la source exclusive, inépuisable, sans cesse renouvelée, des volontés changeantes du peuple, toutes