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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/563

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LA VRAIE ET LA FAUSSE DÉMOCRATIE.

C’est par une de ces compromissions qu’on prétend faire vivre sous le même drapeau le suffrage universel et la monarchie. Entre ces deux termes, il y a incompatibilité absolue, et le pays souffrira, la France s’épuisera dans une agitation et une inquiétude chroniques, tant que cette incompatibilité ne disparaîtra pas de nos institutions. Un gouvernement parlementaire quelconque, quelles que soient son origine, sa forme et son apparente consécration, ne peut vivre que par la prépondérance des classes d’élite. Le jour où les masses populaires entreraient avec un libre élan dans ces ressorts si délicats, dans ces rouages si compliqués et si difficiles à manier du gouvernement parlementaire, elles les briseraient. Au point de vue de la vraie doctrine monarchique, on a donc eu raison de dire du haut de la tribune française, sous le gouvernement de juillet, qu’il n’y aurait pas de jour pour le suffrage universel. — Sans doute, on peut soutenir que, sous toutes les formes de gouvernement, une certaine liberté est praticable ; mais au fond il n’y a qu’une forme déterminée de gouvernement qui assure et garantisse pleinement la liberté. Prétendre, comme on le fait, que le choix des formes politiques est chose indifférente, c’est un sophisme, c’est en même temps la marque d’une politique immorale. Les faits protestent contre une aussi dégradante théorie. À quoi donc sont occupés les penseurs, les hommes d’état, les politiques, depuis que les intérêts et les rapports des hommes se sont étendus au point de constituer une société, si ce n’est à trouver et à réaliser les meilleures formes de gouvernement ? La forme aristocratique du parlementarisme anglais, qui a établi et garanti une certaine liberté dans la Grande-Bretagne, a été reconnue deux fois impuissante à la réaliser en France. Ces expériences servent la cause de la démocratie radicale, parce qu’il faudra bien, coûte que coûte, résoudre le problème posé ; il faudra bien, sous peine de disparaître, que la France trouve le moyen d’assurer la liberté plénière et la souveraineté nationale. Or il n’y a qu’une forme qui puisse faire cela, c’est la république. C’est la seule qui soit corrélative, harmonique, adéquate au suffrage universel. Il faut que le droit tout entier ait satisfaction, parce que, selon la parole de-Bossuet, il ne saurait y avoir de droit contre le droit. Or ce droit absolu de la souveraineté nationale ne se réalise que dans une certaine institution politique. Aussi qu’arrive-t-il ? Dans toute monarchie, quelle qu’elle soit, même celles qui feignent d’accepter le suffrage universel, on ruse avec le suffrage universel, on est obligé de l’enlacer, de l’entraver, de le corrompre, de l’exploiter ; ce n’est qu’à ce prix qu’on peut vivre avec lui. — Le nombre, oui, le nombre, voilà l’instrument de la souveraineté nationale… Dès que le suffrage universel aura pris vraiment conscience de lui-même, il renversera tout devant lui,