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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/559

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La vraie
et
la fausse démocratie

Quoi qu’en puissent dire les théoriciens formalistes, la France est une démocratie. Qu’il subsiste encore chez nous des vestiges et des débris des régimes anciens, on ne peut le nier. Que la forme du gouvernement ne soit pas celle qui réalise dans toute sa rigueur l’idéal démocratique, que l’élection populaire ne dispose chez nous ni des pouvoirs administratifs, ni des pouvoirs judiciaires ; qu’une armée permanente et un état-major considérable perpétuent dans notre pays l’esprit militaire parallèlement avec l’esprit civil, on ne peut le nier davantage ; enfin que l’opinion et les mœurs impliquent une foule de contradictions manifestes avec les instincts ou les vertus des sociétés démocratiques, nous le reconnaissons sans peine. Tout cela n’est, après tout, que la part plus ou moins grande à faire en toute chose à l’élément humain, variable et complexe, et à l’élément historique, à la tradition, à la force des influences accumulées de la race et du temps. Il n’en est pas moins vrai que la démocratie existe partout où la souveraineté du peuple est reconnue en droit comme en fait, partout où l’intérêt du plus grand nombre est placé sous la garantie de la volonté du plus grand nombre, partout enfin où le gouvernement du pays est aux mains des gouvernés. Ce sont les marques infaillibles auxquelles on reconnaîtra que la démocratie est fondée, je ne dis pas organisée. L’organisation peut en être plus ou moins difficile, elle peut avoir besoin d’un temps plus ou moins long pour se mettre en harmonie avec le principe ; mais le principe règne dès que le peuple est reconnu comme la source exclusive du pouvoir, et que la participation de