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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/555

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LA HOLLANDE ET LE ROI LOUIS.

core, et tâcher d’en tirer le meilleur parti possible. Après tout, il y avait aussi quelques avantages à en espérer, puisque enfin il fallait la subir. On avait pu croire que Napoléon ne détruirait pas son œuvre en supprimant le gouvernement de Schimmelpenninck, on s’était trompé ; mais assurément il ne songerait jamais à détrôner son frère. L’existence nationale était au moins assurée. Louis avait une réputation de bonté, de modération, de clémence, qui le rendait plus aisément acceptable que les autres princes de sa famille. Il fallait donc voir et s’arranger le moins mal possible, selon les circonstances. Telle est l’impression qu’on retire des écrits contemporains, et ceux qui connaissent de près le caractère hollandais n’en seront nullement surpris.

L’empereur fut trompé par cette indifférence apparente, de même qu’il s’abusa bien plus encore en 1811 sur les sentimens réels du peuple hollandais, quand il vint en Hollande avec Marie-Louise. Il ne songea plus qu’à hâter la représentation de la haute comédie qui consistait à faire offrir la couronne de Hollande au prince Louis par la commission envoyée tout exprès afin d’éviter la royauté, et à la lui offrir au nom du peuple néerlandais, qu’on n’osait pas même consulter.

Le prince n’avait pris aucune part ostensible à toutes ces négociations où sa personne était en jeu. Il prétend dans ses Mémoires qu’il ne désirait nullement la couronne, qu’il avait même supplié son frère de ne pas la lui imposer, et qu’il ne céda que vaincu par une insistance qui équivalait à une sommation d’obéir. Nous n’avons aucune raison de suspecter la sincérité de ses déclarations ; pourtant on a toujours un peu de peine à se représenter un homme devenu roi malgré lui. Que Louis ait scrupuleusement évité d’avoir l’air d’ambitionner cette position souveraine, que, sachant combien la décision de son frère était irrévocable, il ait jugé de meilleur goût de fuir jusqu’à l’apparence de la provoquer, qu’il se soit même efforcé de se convaincre qu’il serait plus heureux pour lui de rester prince français, tout cela est parfaitement conforme au caractère que nous lui connaissons ; mais quand on voit avec quelle ardeur il se mit à gouverner dès qu’il le put, avec quelle jalousie il veilla au maintien de ses prérogatives royales, avec quelle ténacité il garda sa couronne en des jours où elle s’était changée en couronne d’épines, quand on le voit en 1813 faire des démarches, au moins indirectes, pour tâcher de la recouvrer, on est bien forcé de reconnaître qu’au fond la perspective d’être roi lui plaisait beaucoup.

Parmi les membres de la commission, Ver Huell avait été l’un des plus remuans et celui de tous qui avait le plus insisté dans le sens d’une soumission absolue aux volontés impériales. Il avait été plusieurs fois à Saint-Leu et n’avait obtenu du prince que des ré-