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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/553

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LA HOLLANDE ET LE ROI LOUIS.

dépendance nationale, l’intégrité du territoire, le paiement total des dettes publiques, la séparation de l’administration et de la justice, le maintien des droits et libertés civiles, l’évacuation des troupes françaises, la conclusion d’un traité de commerce. — C’étaient les points auxquels le pays tenait le plus, et si sa majesté pouvait à ces divers égards rassurer entièrement le peuple hollandais, cela diminuerait la fâcheuse impression que le projet impérial ne pouvait manquer de faire sur la nation ; alors peut-être ne serait-il pas impossible de consulter avec quelque chance de succès la volonté populaire, sans que toutefois on osât répondre du résultat.

Tel est, d’après les documens authentiques, le mandat précis de la commission hollandaise qui, selon l’histoire officielle, vint à Paris offrir au prince Louis la couronne de Hollande[1].

Quand on lit ces pièces dans la langue originale, on ne peut s’empêcher d’admirer la naïveté qu’elles respirent. Il n’importait guère à l’empereur de savoir si le peuple hollandais était ou non disposé à recevoir son frère comme souverain. Il avait en main la force nécessaire pour le réduire à l’obéissance, s’il regimbait, et n’en voulait pas savoir davantage. Il tenait seulement aux apparences de l’acceptation volontaire, et il était résolu à les imposer aussi bien que l’acceptation elle-même.

Quant à la première partie des instructions données à la commission, c’est-à-dire quant à un changement à obtenir dans les résolutions annoncées par l’empereur, celui-ci ne voulut pas même en entendre parler. Talleyrand eut l’ordre de le signifier aux commissaires en termes courroucés ; puis il posa pour condition de tout pourparler ultérieur que la grande-besogne commencerait par prendre un arrêté portant qu’il était désirable de voir un prince de la maison impériale, notamment le prince Louis, à la tête de la nation hollandaise. Cette exigence fut appuyée par la déclaration que si, dans les huit jours, une réponse conforme n’était pas arrivée de La Haye, l’empereur allait recourir aux mesures les plus rigoureuses.

À La Haye, on fut consterné de se voir ainsi mené à la baguette. Que faire ? La majorité des avis fut pour qu’on cédât ; mais à la reconnaissance extorquée par la menace on ajouta la clause que l’on rédigerait une constitution nouvelle, une charte nationale qui serait soumise à la sanction du peuple. On se flattait encore d’obtenir par là des garanties contre l’arbitraire royal.

Le temps nécessaire pour qu’on sût l’effet produit par cette nou-

  1. Elle se composait de l’amiral Ver Huell, de MM. Gogel, ministre des finances, Six, conseiller d’état, van Styrum, membre de leurs hautes puissances. Ces trois derniers appartenaient au parti patriote. À Paris, elle devait s’adjoindre le ministre de Hollande, le vieux Brantzen, à qui Talleyrand n’avait rien dit des projets de l’empereur, et qui les apprit de La Haye.