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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/533

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LA HOLLANDE ET LE ROI LOUIS.

mais du moins il était probe. Pour don de joyeux avènement, la république batave avait dû consentir à une contribution de plus de 200 millions au bénéfice de ses libérateurs, qui n’avaient pas le sou ; d’autres exigences du gouvernement allié avaient accru cette somme de 100 autres millions ; puis il avait fallu solder, habiller et nourrir une armée française permanente de 18 à 26 000 hommes, tout cela sans préjudice des sommes que la république avait dû consacrer à sa réorganisation, à ses propres levées de soldats et de marins. En 1804, on pouvait évaluer sans exagération à plus de 500 millions de francs les frais extraordinaires qu’avaient entraînés l’invasion et l’occupation française, et c’était une population de 2 millions d’âmes qui avait dû se résigner à de pareils sacrifices ! Il en résultait que les finances naguère si prospères de la Hollande se trouvaient écrasées pour bien longtemps, et que les rentes créées par les emprunts successifs absorbaient presque totalement les revenus ordinaires. Si du moins à ce prix on avait pu se féliciter d’avoir conquis une liberté sérieuse ! Loin de là. Les Français occupaient les principales villes. Leur général en chef, quel qu’il fût, tranchait du proconsul. On ne pouvait sans son aveu rien changer ni rien maintenir dans la constitution. Les divers coups d’état qui s’étaient succédé depuis 95 avaient été leur œuvre, au moins indirecte. C’était donc à cette sujétion humiliante qu’avaient abouti les belles promesses du parti patriote et de la France républicaine ! Il est à noter que chaque changement de constitution appuyé par les généraux français se traduisait par une diminution des libertés antérieures. Il ne faudrait pourtant pas en faire tomber la faute uniquement sur eux. La même fatigue des institutions franchement démocratiques, le même scepticisme politique des gouvernails, la même défiance du contrôle direct des administrés, toutes ces défaillances qui avaient fait tant de progrès en France à la suite des excès révolutionnaires, se retrouvaient en Hollande. L’esprit public s’amollissait, tenu seulement en éveil par les charges matérielles de l’occupation et de la guerre, et par conséquent lancé dans une voie dont l’impatience du joug français était le terme naturel.

Aussi n’est-il pas étonnant que, sans renier la révolution ni même l’alliance française, qui leur paraissait indispensable, les hommes politiques de la Néerlande songeassent sérieusement aux moyens d’alléger l’intolérable fardeau qu’elle faisait retomber sur leurs épaules. Leur raisonnement était simple : encore quelques années de ce régime, disaient-ils, et le peuple batave maudira la France, la révolution, le régime nouveau, et saisira la première occasion de rétablir l’ancien, même avec ses abus. Parmi les hommes éminens que le cours des événemens avait mis en évidence se trouvait le