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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/529

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LA HOLLANDE ET LE ROI LOUIS.

république batave, nom historiquement faux et qui semblait dire que la république émancipée était autre chose que la continuation de la plus glorieuse des républiques modernes. Dans un temps où les souvenirs de l’époque romaine étaient si fort en vogue, le grief parut mince. Le Brabant et la Drenthe[1], qui n’étaient auparavant que des provinces soumises à la confédération, furent admis sur le pied de l’égalité. Les droits féodaux, les privilèges d’état et de famille furent abolis. Les biens des couvens qui existaient encore dans les districts catholiques furent déclarés propriétés nationales. Des municipalités remplacèrent les prudhommies des villes (vroedschappen), on substitua aux états provinciaux des représentans du peuple nommés par le suffrage universel à deux degrés et limité par la condition de savoir lire et écrire. Il n’y eut plus d’église d’état, tous les citoyens furent désormais admissibles aux emplois publics, quelle que fût la confession religieuse. Tous ces changemens, qui auraient pu et dû être opérés depuis longtemps, valurent aux débuts de la révolution et aux premiers jours de l’invasion française un prestige bienfaisant, dont le souvenir n’est pas renié aujourd’hui par ceux même qui en déplorent le plus vivement les conséquences ultérieures. Malheureusement cette lune de miel fut de courte durée, et la Hollande devait bien vite apprendre à ses dépens que tout, même l’absence de liberté, est préférable à la perte de l’indépendance nationale.

Le fait est qu’elle s’était livrée pieds et poings liés à la France, qu’elle allait désormais dépendre des volontés, pour ne pas dire des caprices de sa toute-puissante alliée, et que ses libertés, anciennes et nouvelles, ne devaient pas tarder à sombrer avec la liberté française. Si le vieux parti stathoudérien, par son alliance impolitique avec la Prusse, avait poussé la Hollande dans la coalition, les patriotes, en lui imposant la solidarité de la politique française, lui attiraient tous nos ennemis sur les bras. Avant la fin de 1795, l’Angleterre avait déclaré la guerre à la république batave, considérée comme alliée et réellement sujette de la France. En 1797, la plupart des colonies hollandaises étaient tombées en son pouvoir. Les navires hollandais avaient été capturés en masse par ses croiseurs, et les pertes subies par le commerce étaient colossales. À l’intérieur, les choses ne marchaient pas. Une fois le parti stathoudérien vaincu, les élémens nombreux de discorde que recelait le parti vainqueur s’étaient bientôt montrés au grand jour. Il y avait lutte entre les révolutionnaires ardens et les modérés, entre les anciens émigrés et les patriotes restés dans le pays, entre les partisans

  1. La Drenthe, il est vrai, était plutôt alliée que soumise ; mais cette alliance ressemblait fort à une sujétion.