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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/522

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REVUE DES DEUX MONDES.

à l’épée des princes d’Orange en leur fournissant les moyens matériels de soutenir la lutte. Telle est l’essence des fonctions de stadhouder, littéralement stedehouder, lieutenant (du roi ou du comte), et dont la devise de la maison d’Orange, je maintiendrai, exprime encore aujourd’hui la vraie nature. Du reste, tout demeura sur l’ancien pied dans chacune de ces petites républiques. Les magistrats ou prud’hommes des villes, se recrutant eux-mêmes, sauf le droit de nomination réservé dans certaines provinces au stathouder ou à la cour de justice, envoyaient leurs députés au chef-lieu de la province avec des mandats impératifs. Les états provinciaux déléguaient leurs représentans aux états-généraux ; mais ceux-ci étaient liés également par les instructions de leurs commettans, et devaient, pour toute affaire importante, en référer à leur décision. La noblesse territoriale ou ridderschap avait aussi ses représentans. Si l’autonomie, la liberté locale des villes et des provinces se trouvait à merveille de cette constitution fédérative, si les populations, à la faveur de la division des pouvoirs et des garanties qu’elle leur assurait contre tout despotisme, pouvaient sans entraves déployer dans toute leur intensité leur énergie et leur esprit d’entreprise, on conçoit aisément que plus d’un intérêt administratif ou politique devait beaucoup souffrir de la faiblesse du pouvoir central. En temps de guerre, lorsque l’exaltation du patriotisme animait toutes les classes et que l’intérêt pressant de la défense commune étouffait les compétitions locales, les choses marchaient bien ; mais en temps ordinaire la machine était lourde, compliquée, et il n’est pas étonnant qu’un parti nombreux vînt au-devant des ambitions des princes d’Orange, et désirât les voir revêtus de pouvoirs moins limités. Cependant il ne fut jamais sérieusement question d’en faire des rois, et leur parti ne put briser ce patriciat municipal extrêmement jaloux de son autorité, qui même, à plusieurs reprises, fut assez fort pour faire échec au prestige des stathouders. Nos historiens libéraux se trompent de pays et d’époque lorsque, parlant de ces luttes intestines, ils réservent toutes leurs sympathies pour les chefs du parti antiorangiste et les prennent, ou peu s’en faut, pour des représentans de la démocratie. Le patriciat, il est vrai, n’était pas noble au sens féodal de ce mot ; mais rien n’était moins démocrate, plus ami des privilèges, plus exclusif que cette aristocratie bourgeoise, qui se considérait comme bien supérieure à tous les gentillâtres des campagnes et des pays voisins. Le fait est que, dès le commencement du xviie siècle, le pouvoir politique et administratif se trouva concentré dans les mains d’un certain nombre de « familles gouvernantes, » unies d’une ville à l’autre par des mariages, formant une véritable caste, et aussi républicaines en présence du stathouder que hautaines vis-à-vis des autres classes. Disons toutefois que les ver-