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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/521

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LA HOLLANDE ET LE ROI LOUIS.

vinciales, se séparèrent en deux groupes bien distincts à la suite des luttes politiques et religieuses du xvie siècle. Les provinces méridionales (Gand, Bruges, Anvers, Liège, Mons, Bruxelles), après une longue résistance, finirent par rentrer dans le giron catholique, et se résignèrent pour longtemps au joug de l’Espagne d’abord, de l’Autriche ensuite. Les sept provinces du nord au contraire, Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Over-Yssel, Frise et Groningue, où le protestantisme était devenu prépondérant, puisèrent dans le schisme religieux l’énergie nécessaire au maintien de leur scission politique, et, après une des luttes les plus acharnées et les plus longues dont l’histoire ait connaissance, réussirent à fonder leur indépendance et à faire reconnaître par l’Europe entière la confédération des Provinces-Unies[1]. Pendant plus d’un siècle, la république confédérée put passer pour une des grandes puissances de l’Europe. Sa marine était supérieure à toutes les autres, ses armées valaient celles des grands états, ses hommes politiques traitaient sur le pied de l’égalité avec les plus fiers souverains, et nous ne rappelons que pour mémoire les luttes le plus souvent heureuses et toujours glorieuses qu’elle soutint successivement contre l’Espagne, l’Angleterre et la France.

Dans une étude consacrée aux œuvres du romancier hollandais van Lennep[2], nous avons indiqué les causes historiques de l’antagonisme qui ne tarda pas à se manifester dans le sein même de la confédération entre les deux élémens dont l’union avait fait sa puissance, c’est-à-dire entre le parti orangiste, fort des ardentes sympathies du petit peuple, qui voyait dans l’illustre famille du Taciturne le symbole vivant ou plutôt le palladium de son indépendance nationale et religieuse, et le patriciat bourgeois, qui d’une manière moins brillante, mais non moins efficace, avait coopéré par ses sacrifices et son patriotisme à la grande œuvre de la délivrance. Pour bien comprendre l’histoire politique de la Hollande, il faut se rappeler que les origines de la liberté néerlandaise sont avant tout municipales, puis provinciales. Les villes et les provinces avaient leurs franchises, leurs chartes particulières ; l’Espagne fit éclater, en les violant, la révolution du xvie siècle. Ce ne fut pas au nom des droits du peuple souverain, chose alors inconnue, qu’on s’insurgea ; la confédération constituée par l’union d’Utrecht en 1579 ne fut guère autre chose qu’une association de villes et de provinces également lésées dans leurs franchises, dont elles confièrent la défense

  1. Nous rappelons ici que la prépondérance numérique et politique de la province de Hollande, qui comptait, elle seule, des villes telles que Alkmaar, Amsterdam, Harlem, Leyde, La Haye, Rotterdam, Dordrecht, rendit générale à l’étranger l’habitude de donner le nom de Hollande à toute la confédération néerlandaise.
  2. Revue du 15 octobre 1868.