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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/486

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Les tombes n’étaient point d’un abord odieux :
Les Romains qui sortaient par la porte Capène
Sur la voie Appia marchaient, voyant à peine
Ces antiques témoins qui les suivaient des yeux.

Un chaud soleil dorait les dalles de basalte,
Et dans cette campagne au grand sourire clair.
Ces monumens pieux et sereins n’avaient l’air
Que d’inviter la vie à quelque heureuse halte !

Ils ne promettaient pas un royaume infini,
Mais un abri solide au vieux nom de famille ;
Celui que Métellus a bcâti pour sa fille
Servit de forteresse à des Caétani.

Et maintenant, malgré les injures sans nombre.
Les coups du nouveau peuple et de son nouveau dieu,
La ruine est encore assez haute en ce lieu
Pour couvrir une armée en marche de son ombre ;

Et le long du chemin, rangés sur les deux bords.
Gisent des bustes blancs aux prunelles funèbres
Où le sable et la pioche ont mis plus de ténèbres
Que la corruption dans les yeux des vrais morts.

Dans les champs d’alentour qu’agrandit leur détresse
Errent le pâtre antique et l’antique troupeau,
Et parfois sur le ciel, au-dessus d’un tombeau,
A la louve pareil, un grand chien noir se dresse.

Rome, janvier 1867.


SULLY PRUDHOMME.