Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/485

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dans la nature tout entière
L’architecte prit à son gré
Pour cet édifice sacré
La plus glorieuse matière :

Il prit des marbres sans rivaux,
Fragmens de ces pierres illustres
Que la pioche aveugle des rustres
Brisait pour faire de la chaux,

Et qui toutes étincelèrent
Au front des temples abattus,
Ou que les Gracques et Brutus
Au Forum de leur pied foulèrent !

Il les prit et les entassa,
Rejeton hardi de la race
Qui, regardant les dieux en face.
Roulait Pélion sur Ossa.

Et malgré les hordes très sales
De mendians et de fiévreux
Se cherchant leur vermine entre eux
Sur ces assises colossales.

Bien qu’il s’y traîne des dévots
Dont une poupée est l’idole.
On y voit, comme au Capitole,
Monter les ombres des héros !

Rome, janvier 1867.


LA VOIE APPIENNE.


Au temps rude et stoïque où l’on savait mourir
Sans plus rien regretter et sans plus rien attendre.
Où l’on brûlait les morts, ne gardant que leur cendre,
Afin que rien d’humain n’eût l’affront de pourrir;

Avant que pour jamais la nuit des catacombes
Eût posé sur le monde un crêpe humide et noir.
Et que la foi, mêlant la terreur à l’espoir.
Eût mis l’éternité douteuse au fond des tombes.