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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/483

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Le meilleur de ses traits (le pire !)
De son carquois d’or est tombé;

Ce trait en eut l’aile brisée;
Mais plus terrible, aux fleurs pareil,
Il luit comme elles au soleil,
La pointe en l’air dans la rosée.

Ah! nymphes, le gazon trempé
Engendre des fièvres mortelles!
Gardez-vous de danser, mes belles.
Pieds nus au vallon de Tempe.

Florence, octobre 1866.


PONTE SISTO.


Il est au bord du Tibre un chaos de bâtisses
Plus noires au soleil que les cyprès la nuit,
Et qui, plongeant leur pied dans l’eau jaune qui fuit,
Y trempent constamment leur frange d’immondices.
Une gargouille en sort, et, le long du gros mur,
A creusé dans la pierre une verte traînée;
En bas, au long roulis d’une barque enchaînée.
Branle un anneau rouillé qui mord le ciment dur.
Mais, à vingt pieds de l’onde, une étroite terrasse,
Dans l’amas inégal des sinistres taudis,
Forme sous une treille un profond paradis
Où le lierre au berceau des tonnelles s’enlace;
La vigne aventureuse y prend son vif essor;
Toujours il y sourit l’adorable mélange
Des pâleurs du citron aux rougeurs de l’orange.
Et, si mes yeux ont bien percé ce fouillis d’or,
Des colombes sans bruit s’y becquetaient à l’aise.
Tandis qu’à l’autre rive, au-dessus des maisons,
Tristement se dressait, vide en toutes saisons,
La loge sans amours du grand palais Farnèse.

Rome, novembre 1866.


LE COLISÉE.


La lune, merveilleuse et claire, grandissait.
Et, pendant que d’une ombre oblique s’emplissait