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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/438

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qu’on leur abandonne est si inégale dans les diverses industries. Auront-ils les connaissances économiques nécessaires pour comprendre les causes naturelles et fatales de cette inégalité? auront-ils surtout la sagesse pratique indispensable pour les accepter et s’y soumettre?

Ce ne sont pas là les seuls germes de discordes que recèle le régime de la participation conçu comme mode général d’organisation du travail. Supposons que l’on soit arrivé à déterminer d’une manière identique pour toutes les maisons d’une même industrie la proportion des bénéfices qui doit être laissée aux ouvriers, croit-on que l’on aura ainsi écarté toutes les causes de mésintelligence? Ce serait gravement se tromper. L’on ne pourra jamais faire que tous les établissemens atteignent le même degré de prospérité; quel que soit le zèle des ouvriers, il y aura toujours une grande inégalité dans les bénéfices nets que feront les diverses filatures ou les divers ateliers de construction de France. Considérons la branche d’industrie où il serait le plus facile d’introduire le système de la participation, l’industrie des mines et des houillères; n’y a-t-il pas un écart énorme entre les bénéfices nets de la société d’Anzin et ceux des mines de la Loire ou des mines de Saint-Étienne? Tandis que les actions de certaines houillères de France font une prime considérable, les actions de certaines autres sont bien au-dessous du pair. Il est dans la nature des choses que de pareils faits se produisent; mais qu’en peut-il résulter? C’est que les ouvriers appartenant aux maisons les plus florissantes auraient une rétribution beaucoup plus élevée que ceux qui seraient attachés à des exploitations moins heureuses, et cependant ces derniers ne seraient peut-être pas moins zélés, ni moins courageux, ni moins habiles que leurs camarades privilégiés. Une pareille situation serait inquiétante et grosse de périls. Il y aurait là une évidente iniquité qui ferait jeter les hauts cris à tous les philanthropes, qui indignerait tous les gens de cœur. Les ouvriers qui seraient les victimes d’un pareil état de choses accuseraient la mauvaise direction des établissemens dont les bénéfices seraient peu considérables ; ils réclameraient non plus uniquement un droit de contrôle, mais un droit de surveillance et de tutelle ; ce serait la conduite même des affaires qu’ils voudraient avoir entre les mains, et, quand ils élèveraient de pareilles prétentions, qui pourrait trouver un argument solide à leur opposer? Dira-t-on que les bons ouvriers quitteraient les maisons les moins heureuses pour peupler les ateliers les plus prospères? Mais peut-on supposer que les modestes travailleurs de nos grandes industries aillent transporter leurs familles d’un bout de la France à l’autre, laissant leurs affections, leurs souvenirs,