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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/431

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rèrent dans leur exploitation ce régime nouveau. Ils avaient été troublés auparavant par bien des grèves successives, qui avaient duré ensemble soixante-dix-huit semaines. Par suite de ces chômages et des désordres qu’ils entraînaient, MM. Briggs retiraient à peine l’intérêt de leurs capitaux. Pour sortir de cette situation désespérée, ils prirent un parti héroïque, et les résultats obtenus jusqu’à ce jour leur donnent pleinement raison. Ils transformèrent leur maison en société par actions, retinrent entre leurs mains les deux tiers du capital ainsi divisé en coupures minimes, et mirent l’autre tiers à la disposition des ouvriers, des employés et des cliens de la houillère : ils se réservèrent formellement la pleine et entière direction de l’entreprise; mais ils ne s’arrêtèrent pas à cette modification, si considérable qu’elle fût. L’innovation la plus importante de leur plan était consacrée par une clause qu’il faut citer textuellement. « Afin d’associer d’une manière de plus en plus intime les intérêts du capital et du travail, les fondateurs de la compagnie informent les ouvriers que, toutes les fois qu’après prélèvement de la somme nécessaire pour l’amortissement du capital et autres affectations légitimes, le bénéfice à partager dépassera 10 pour 100 du capital engagé, toutes les personnes travaillant pour la compagnie, soit comme employés ou agens à traitement fixe, soit comme ouvriers, recevront la moitié de cet excédant à titre de boni, lequel excédant sera distribué entre elles au marc le franc de leurs salaires respectifs, tels qu’ils ont été pendant l’année où le bénéfice a été réalisé. » Le partage des bénéfices n’avait donc lieu qu’après un prélèvement de 10 pour 100 comme intérêt du capital; or jamais ce chiffre n’avait été atteint dans les années qui avaient précédé la transformation de l’entreprise. Par l’effet de circonstances favorables et des conditions spéciales à l’industrie des houillères, le nouveau plan se montra fécond dès l’abord. Une répartition égale à 7 1/2 pour 100 du salaire annuel put être faite à la fin du premier exercice. Cet heureux début stimula les ouvriers, et la seconde année la répartition fut de 10 pour 100 environ des salaires de chaque travailleur; elle fut plus importante encore les années suivantes. En outre l’harmonie paraît s’être rétablie dans l’exploitation entre le patron et ses subordonnés. Auparavant tous les ouvriers faisaient partie d’une ou plusieurs trade’s unions. Depuis l’établissement de la participation aux bénéfices, un très petit nombre seulement restèrent fidèles à ces pernicieuses associations. Le capital retira aussi d’amples avantages du nouveau système; déduction faite de la part attribuée au travail, il perçut des intérêts et dividendes toujours supérieurs à 10 pour 100 et qui atteignirent 13 1/2. Un nombre notable d’ouvriers ont pris des actions, qui font actuellement prime. Ce sont là d’heureux résultats qui servent de puissans argumens aux partisans ab-