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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/425

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permis d’organiser l’assistance et l’assurance de la manière la plus large. Des pensions de retraite, au minimum de 500 fr. et au maximum de 1,000, sont acquises aux membres de la société de secours mutuels qui ont cinquante ans d’âge et vingt ans de service, ainsi qu’à ceux que des accidens ou des infirmités mettent hors d’état de gagner leur vie. Les veuves et les orphelins ont des demi-pensions. Pour faire partie de la société de secours mutuels et jouir de ces avantages, il faut travailler dans la maison depuis cinq ans, être associé aux bénéfices et avoir été admis par l’assemblée générale. Cette société de secours est richement dotée, elle possède 21,000 fr. de rentes, elle a apporté 200,000 fr. dans l’entreprise industrielle et se trouve ainsi commanditaire de la maison. Telle est l’organisation financière. Il nous reste à faire connaître la distribution des pouvoirs et du contrôle. Le patron représente la maison et en dirige seul les opérations. Il est de principe que sa gestion doit être complètement indépendante, et il ne paraît pas que jusqu’ici il y ait eu de la part des ouvriers des tentatives illégitimes d’immixtion. Un comité de conciliation, composé de neuf membres, dont cinq ouvriers et quatre employés, est nommé au scrutin secret par l’assemblée générale des associés aux bénéfices. Toutes les difficultés intérieures sont de la compétence de ce conseil. Le renvoi d’un ouvrier associé ne pourrait être prononcé sans son assentiment et sauf recours à l’assemblée générale. Les chefs d’atelier, qui sont actuellement au nombre de trente, sont élus pour un an par l’assemblée des associés aux bénéfices; le patron peut les révoquer, mais, sauf le cas d’immoralité ou d’improbité constatée, ils sont rééligibles. La comptabilité est tenue par des employés associés aux bénéfices et recrutés parmi les chefs d’atelier. L’assemblée générale des ouvriers associés nomme en outre chaque année, au scrutin secret, deux commissaires chargés, avec le président de la société de secours mutuels, de prendre connaissance de l’inventaire et de constater la régularité du partage des bénéfices entre les ayants droit. La constitution de la maison Leclaire offre le meilleur modèle des établissemens de ce genre, et l’on voit combien de précautions ont été prises pour fixer une délimitation nette entre le droit de contrôle des associés et le droit de direction du patron. Chose étrange, ni de l’un ni de l’autre côté cette démarcation n’a été franchie. C’est cependant une vérité d’expérience que le pouvoir exécutif finit toujours par échoir aux assemblées, qui ont un droit reconnu de surveillance; mais les ouvriers de la maison Leclaire semblent être toujours restés dans les bornes de la prudence et n’avoir jamais eu de visées plus ambitieuses que celles qui leur étaient reconnues par leurs statuts : heureux exemple que l’on invoque comme un précédent, et dans l’efficacité, la fécondité duquel nous voudrions avoir