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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/420

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primes individuelles octroyées aux ouvriers les plus diligens, c’est même alors que le système acquiert toute son efficacité.

Il est bien d’autres combinaisons heureuses auxquelles l’on peut avoir recours, sans aller jusqu’à la participation proprement dite. Des exemples remarquables ont été donnés par plusieurs des premières maisons de France et d’Angleterre. Dans la plupart des chantiers de construction de navires de la Tamise, l’on a établi depuis bien des années une organisation qui a son mérite. Un certain nombre d’ouvriers s’associent pour faire ensemble un ouvrage, ils traitent à forfait avec l’industriel. Pendant le cours de la fabrication, un à-compte leur est donné chaque semaine; ils se le partagent d’après les conventions qu’ils font entre eux. Ils reçoivent et se divisent le solde quand l’ouvrage a été terminé. Les ouvriers deviennent ainsi de véritables entrepreneurs, et les relations du patron avec eux sont singulièrement simplifiées; presque toutes les questions irritantes disparaissent : ce sont les ouvriers qui se répartissent mutuellement le gain collectif. Deux usines françaises de premier ordre, la société Cail et la compagnie de Fives-Lille, ont adopté un système analogue. Pour chacune des opérations, les employés et ouvriers de ces maisons forment une association temporaire qui entreprend la besogne à forfait dans des conditions déterminées. L’administration de l’établissement, agissant comme un commanditaire bailleur de fonds, fournit ses ateliers, son matériel de machines et d’outils, ainsi que toutes les matières. Des salaires, préalablement fixés à un taux modique, sont distribués pendant le cours de l’opération à titre de prélèvement sur le prix convenu. Lorsque le travail est achevé, l’excédant est réparti entre les collaborateurs. Tous les travaux de détail ou d’ensemble qui se font dans les divers ateliers pour la construction des machines sont, autant que possible, l’objet de pareils marchés à forfait entre l’établissement et des groupes peu nombreux d’ouvriers. Il n’y a rien là de semblable à la participation aux bénéfices, mais c’est un mécanisme ingénieux, régulier, d’un jeu facile, qui donne lieu à peu de frottemens et de dangers. C’est une véritable association coopérative de production — avec ce double avantage, que l’ouvrier est dégagé de la partie commerciale de l’entreprise, et qu’il n’a pas besoin de risquer des capitaux. Son ardeur au travail en est stimulée, une sorte de discipline salutaire s’établit dans ces groupes d’ouvriers associés. Grâce à ce système, la rémunération est plus élevée de 25 pour 100 que dans les maisons où le travail à la tâche n’est pas soutenu par de pareils encouragemens. Cette organisation tend à se répandre dans l’industrie des machines. On cite des usines de second et de troisième ordre qui suivent sur ce point l’exemple de la société Cail et de la compagnie