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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/413

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I.

Un des plus grands desiderata que présente l’étude des questions sociales, c’est l’emploi de termes précis qui disent très exactement ce qu’ils veulent dire et qui excluent les malentendus. On s’habitue d’ordinaire à des phrases sonores, à des formules vides et retentissantes, qui ont le mérite d’être captieuses, parce que chacun les peut interpréter à son gré. Aussi arrive-t-il que sous les mêmes mots on place souvent des idées différentes, et que les adeptes d’un même système, quand ils en viennent à l’application, sont étonnés de se voir divisés par la pratique, alors qu’ils se croyaient si unis sur le terrain de la théorie. Tous les projets de palingénésie, qui sont si nombreux de nos jours, nous rendent le spectacle de la tour de Babel, avec cette particularité que nos architectes ou manœuvres en reconstruction sociale s’imaginent se comprendre et se répondre mutuellement, parce qu’ils recourent aux mêmes vocables et aux mêmes enseignes. Si le mot de Condillac, qu’une science est une langue bien faite, doit trouver sa justification, si la satire contre l’équivoque eut jamais sa raison d’être, c’est bien dans les matières qui nous occupent, qui ont le regrettable privilège de passionner les esprits, de partager les classes d’une même nation et d’être parfois un sujet de troubles et de guerres intestines. Dans les temps de démocratie, l’on ne saurait trop rechercher la précision et la netteté du langage; ce ne sont pas seulement des qualités littéraires, ce sont des devoirs impérieux pour tout bon citoyen, qui doit craindre avant tout d’égarer la foule, de lui donner de trop hautes espérances ou de lui inspirer de trop vives convoitises. Dans cette grave question de la participation des ouvriers aux bénéfices du patron, il nous paraît que l’on n’a pas complètement évité cette phraséologie décevante, ces assimilations inexactes, cette réunion de faits hétéroclites sous une formule captieuse. C’est un reproche que nous croyons devoir adresser au livre de M. Charles Robert. Il y a des commerçans ingénieux qui, pour mieux écouler leurs marchandises, placent quelques poignées du plus pur froment à la surface d’un boisseau de grains de qualité médiocre. Par une confusion du même genre, quoique assurément inconsciente, M. Charles Robert réunit sous une même étiquette des procédés très différens, dont les uns sont irréprochables, dont les autres au contraire sont en bien des cas sujets à caution. Dans ces mesures, que l’on nous présente sous la dénomination commune de participation aux bénéfices, il y a un triage à faire, et il convient d’y apporter beaucoup de sévérité et d’exactitude.

Le régime sous lequel s’est constituée l’industrie libre dans tous