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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/409

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tyrannie des comités. Nul plus que nous ne la réprouve, et nous la détestons surtout lorsque nous voyons les citoyens contraints de choisir entre deux listes officielles, celle du gouvernement et celle de l’opposition, qui tombent l’une et l’autre comme du ciel de la volonté indiscutable de comités inconnus; mais où la prend-on dans notre système? Comme chaque opinion peut avoir son programme, sa liste, son organisation propre, et obtenir sa part de succès, comme tout électeur est libre de porter au scrutin sa volonté particulière et certain de la faire triompher, s’il peut y rattacher un certain nombre de partisans, désormais les comités ne sont plus en somme, pour les divers partis, que des instrumens de discipline et de centralisation. C’est volontairement que chaque groupe d’électeurs choisit le sien et lui donne sa confiance, et si l’on voit encore, comme aujourd’hui, des comités se former de leur autorisé privée et tenter de s’imposer aux citoyens, c’est librement que l’électeur leur prête son appui, car il ne tient qu’à lui d’aller porter ailleurs son concours.

Voilà donc que s’évanouissent devant la simple réflexion les objections en apparence les plus sérieuses. Combien plus facilement encore n’écartons-nous pas des argumens de la valeur de celui-ci : sous le régime nouveau, plus de gouvernement possible, car avec les élémens bigarrés qui, grâce à la représentation proportionnelle, composeront le parlement, il n’y aura plus moyen de former au sein de la chambre une majorité stable et homogène! — Eh quoi! ne voit-on pas que la fusion des diverses nuances d’opinion, que la coalition en un mot, funeste et détestable en matière de représentation, devient légitime et nécessaire en matière de décision? Ne voit-on pas que les divers partis réunis au parlement, en théorie ont le droit de se grouper, en fait se grouperont toujours en deux camps, majorité et minorité, et cela par la force des choses, puisqu’il s’agit alors de décider sur des faits? N’est-il pas évident enfin que l’objection, fût-elle sérieuse, aboutirait en somme à cette étrange conclusion que, pour pouvoir gouverner, il faut une représentation factice et mensongère, une représentation qui soit en désaccord avec le pays, qu’elle représente? — Prenez garde, va-t-on nous dire encore, vous allez donner aux partis extrêmes, aux minorités turbulentes, un accès légal et sûr à la représentation, dont aujourd’hui, grâce à Dieu, nous pouvons les repousser plus ou moins complètement ! — Prenez garde à votre tour. Vous ne sentez donc pas que la représentation est la soupape de sûreté pour les fermentations sociales, qui, bouillonnant dans l’ombre et comprimées, peuvent faire sauter la machine, mais qui s’évaporent et s’évanouissent à l’air libre et au contact du bon sens public? Vous ne sentez donc pas surtout que ce droit que vous tremblez maintenant de mettre aux mains