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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/401

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didat. Qu’on trouve donc un moyen de prévenir cette déperdition, qu’on trouve un moyen de laisser à chaque candidat tout juste le nombre de suffrages exigé, assurant aux voix qui lui sont inutiles une représentation proportionnelle, et voilà le problème résolu, Eh bien! ce moyen, il est trouvé;; rien de plus simple. Les circonscriptions étant étendues de manière à nommer un certain nombre de députés, chaque électeur doit inscrire sur son bulletin autant de noms qu’il y a de représentans à élire dans la circonscription, il les inscrit par ordre de préférence ; toutefois son bulletin ne peut jamais, quoi qu’il arrive, compter que pour un seul nom. Le scrutin terminé, l’on divise le nombre des votans par le nombre de sièges à remplir. Le résultat de l’opération, c’est le chiffre qu’il est nécessaire, mais aussi qu’il suffit strictement à chaque candidat d’obtenir pour être élu. C’est ce que nous appelons le quotient électoral. Ce chiffre fondamental une fois fixé, sur chaque bulletin on tient compte du nom qui est inscrit en tête. Aussitôt qu’un candidat atteint le quotient exigé, on le proclame élu, et les bulletins qui l’ont nommé deviennent hors de service; puis, si sur l’un des bulletins suivans le nom de ce candidat se présente en tête, on l’oblitère, et l’on tient compte du vote au candidat qui est inscrit immédiatement en seconde ligne. On suit le même procédé jusqu’à ce qu’on ait épuisé les bulletins, jusqu’à ce que chacun d’eux ait contribué à nommer un député. Ainsi pas un suffrage ne se perd. Chaque électeur est certain d’être représenté par le mandataire qu’il désire le plus. De deux choses l’une en effet : ou bien sa voix compte au candidat qu’il a mis en tête de sa liste, et contribue à l’élection, ou bien, si sa voix est appliquée au candidat qui vient en seconde ligne dans ses désirs comme sur son bulletin, c’est que déjà le premier candidat a obtenu la consécration du nombre exigé de suffrages. L’électeur alors a la double satisfaction de se voir représenté d’abord par le député déjà élu, ensuite par le député qu’il contribue à élire. Par la même raison, chaque opinion, chaque parti est assuré d’obtenir le nombre de représentans qui lui est dû, mais aussi de n’obtenir que strictement ce nombre, car la voix de chacun de ses membres, nous le répétons, est valable pour un nom, — sans jamais risquer de faire double emploi, — mais aussi n’est absolument valable que pour un seul nom [1]. D’où cette conséquence : 200,000 électeurs d’un même parti, avec un quotient électoral fixé à 20,000 suffrages, obtiendront 10 délé-

  1. Nous ne saurions trop insister sur ce point, qui distingue notre système du scrutin de liste, avec lequel il n’a fort heureusement rien, absolument rien de commun. Nous prions donc instamment le lecteur de se bien pénétrer de cette disposition, qui est capitale, et de se souvenir une fois pour toutes que le vote de chaque électeur compte à un seul des noms qui sont sur sa liste, sans qu’il y ait à se préoccuper des noms qui précèdent ou suivent celui-là.