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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/399

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déshérités-là seulement, il a pensé rendre une voix valable et contribuant à l’élection d’un député; mais en réalité qui empêchera, s’il vous plaît, les membres de la majorité d’user pour leur compte des facilités que vous offrez aux membres de la minorité? Les marquerez-vous à l’avance, — opération difficile vraiment, — et les exclurez-vous du bénéfice de la loi? Non, sans doute. Savez-vous alors ce qui arrivera? C’est que les gens de la majorité commenceront par faire passer leurs candidats dans leurs circonscriptions respectives, tout en désignant en même temps d’autres candidats à votre représentation nationale, et comme ils sont majorité, c’est-à-dire plus nombreux que les autres, comme aussi, en tant que majorité, ils sont plus homogènes, plus disciplinés que les minorités éparses, ils rempliront tout à leur aise de leurs créatures la plus grande partie, sinon la totalité, de vos 60 sièges. Qu’aurez-vous donc gagné? Vous aurez donné deux voix aux membres de la majorité sans en donner une seule aux membres de la minorité; vous aurez doublé l’oppression de la minorité, et vous n’aurez même pas de compensation, car vous n’êtes rien moins que sûrs de voir les quelques sièges que la minorité pourra sauver du naufrage échoir à ces célébrités dont le triomphe vous préoccupe si fort.

Rangeons donc cette combinaison nouvelle à côté des deux autres, dans la classe des machines inutiles ou dangereuses. Ce qui manque à tous ces systèmes, c’est de reposer sur le principe de la proportionnalité, c’est de partir de cette vérité suprême, que le droit de représentation n’a rien de commun avec le droit de décision, que tout citoyen a un droit égal à être représenté, qu’en conséquence tout groupe de citoyens d’une certaine importance a le droit absolu d’obtenir un mandataire, mais n’a rien à prétendre par-delà au détriment de ses concitoyens plus ou moins nombreux.

Or le premier système où nous puissions saisir la trace, confuse il est vrai, de ce grand principe, c’est un système bien souvent tourné en ridicule, et dont assurément nous ne défendrons pas le mécanisme et les effets : c’est le système de l’unité de collège. Il n’est personne qui ne connaisse, au moins par ouï-dire, cette fameuse combinaison : tout électeur, où qu’il soit, a droit de voter, et pour qui bon lui semble, — pour un seul candidat toutefois. Tout candidat ayant obtenu un certain nombre de suffrages, — 35,000 par exemple, — est proclamé député. Voilà la machine dans sa simplicité. L’idée première en est sans contredit excellente : assurer à l’électeur la pleine et entière liberté de conscience, de choix et de vote ; assurer en même temps à toute minorité comptant un nombre suffisant d’adhérens sa part légitime dans la représentation, telle a été la pensée de M. de Girardin. Par malheur, l’œuvre ne répond pas à l’inspiration. Mis en pratique, le