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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/395

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mées seules peuvent se partager le fruit de la victoire. Nous savons déjà quelles funestes conséquences entraîne à sa suite cette nécessité de coalition; mais il faut bien autre chose encore! Cette double agglomération formée, la majorité d’un côté, la minorité de l’autre, il faut que chacune d’elles sache d’avance exactement de combien de voix elle disposa, il faut que sur cette base elle détermine mathématiquement le nombre de candidats qu’elle peut faire triompher, et enfin que, ce calcul une fois établi, elle fasse voter tous ses membres, sans exception, avec une stricte discipline et suivant le mot d’ordre donné, sans qu’aucun d’eux s’écarte de la consigne. Faute de ces précautions, la majorité, comme la minorité, court le risque, ou bien, par trop de modestie dans ses prétentions, de laisser l’adversaire usurper une trop grosse part, ou bien au contraire, par trop d’ambition, de présomption et de confiance en sa force, de perdre complètement le lot auquel elle aurait droit. Il faut, en un mot, que les combattans devinent à l’avance et préjugent d’une manière certaine l’issue de la bataille; encore ne suffit-il pas à chacun des deux ennemis de connaître exactement ses propres forces, il lui faut aussi supputer à un chiffre près celles de l’adversaire, et prévoir toutes les ruses, toutes les surprises, tous les hasards de la lutte. En d’autres termes, avec le vote cumulatif, le succès le plus enviable, le nec plus ultra de la réussite, c’est que la minorité, — nous ne disons pas les minorités, — la minorité, être hybride, formé à coups de coalitions, de compromis et de sacrifices, obtienne dans la représentation une part à peu près équitable; mais on a vu quelle réunion phénoménale de conditions impossibles exigeait un pareil résultat : aussi la plupart du temps doit-il arriver que la minorité n’ait aucune part à la représentation, ou bien, — anomalie plus étrange, — qu’elle absorbe la représentation tout entière au détriment de la majorité. Que deux minorités, formant à elles deux le tiers du corps électoral, ne parviennent pas à s’entendre et votent isolément, la majorité en profite pour faire passer tous ses candidats. Que la majorité au contraire, ayant à lutter contre une minorité bien disciplinée, calcule mal son effort et distribue inhabilement ses voix; que par exemple, voulant assurer le succès de son chef, elle accumule sur lui trop de suffrages et affaiblisse ainsi les autres candidatures, voilà la minorité qui de trois sièges en obtient deux, et la majorité qui reste sur le carreau avec un seul représentant. Enfin qu’une minorité compacte d’un peu plus du tiers des votans ait affaire à une majorité formée de deux nuances d’opinions séparées par un malentendu au moment du scrutin, voilà au premier tour la minorité qui emporte deux députés sur trois, la majorité qui n’obtient pas de résultat, le troisième siège qui demeure vacant. On procède au second tour, à