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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/381

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LE
SUFFRAGE UNIVERSEL
DANS L’AVENIR


I.

De toutes les questions qui préoccupent aujourd’hui l’attention publique, la plus grave à coup sûr est celle de la réforme électorale. De celle-là toutes les autres dépendent, puisque la représentation, dans un état libre et démocratique, est la source de tout. En France toutefois ce mot de réforme électorale a besoin d’être défini. Tous les citoyens ne sont-ils pas électeurs? N’avons-nous pas le suffrage universel? Oui, certes nous l’avons, et bien fou qui s’aviserait de tenter contre lui une entreprise sérieuse. Voilà vingt-deux ans que d’un trait de plume, on pourrait dire à la surprise générale, un gouvernement improvisé proclama le suffrage universel. Un instant suffit pour l’établir et pour l’établir irrévocablement. La veille, quelques voix à peine le demandaient sans écho; le lendemain, tous les bras se fussent levés pour le défendre. Il est depuis lors le premier article de foi de la démocratie française. Seul peut-être, de toutes nos institutions, il est à l’abri des coups d’état : c’est à lui au contraire que les coups d’état demandent une consécration.

Nous n’avons pas à rechercher si l’enthousiasme sincère du suffrage universel possède effectivement le cœur de tous les citoyens français. Plus d’un peut-être, dans son for intérieur, ne le contemple pas sans un certain effroi; mais on chercherait longtemps, croyons-nous, un homme assez dénué de sens politique, assez peu au courant des affaires de ce monde, pour concevoir seulement la pensée qu’il soit désormais possible de restreindre le droit de vote. Il n’y faut pas songer. Le gouvernement qui, dans la première ivresse d’un