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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/375

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ment éloigné, il arrive, suivi de quelques hommes, dont un lui tient un parasol au-dessus de la tête. Il s’informe des détails de l’affaire du matin, félicite le brigadier sur son succès, mais ne paraît encore que médiocrement rassuré. La sieste néanmoins a bien du charme par cette chaleur écrasante, il s’étend par terre pour en goûter les douceurs. Aussitôt trois hommes de sa suite s’accroupissent à ses côtés et lui massent lentement les jambes jusqu’à ce que sommeil s’ensuive.

Laissant ce puissant prince profondément endormi dans la cota, nous nous dirigeons vers Supángan à travers une magnifique forêt tropicale où il faut la plupart du temps se frayer un passage un par un. Encore une occasion manquée par les Mores! La nuit, qui est proche, leur rendrait la tâche d’autant plus facile. La forêt est coupée de canaux bourbeux, sur chacun desquels il faut construire avec des branchages un passage pour les chevaux. En approchant d’un de ces obstacles, nous apercevons dans l’obscurité un groupe d’hommes que nous prenons pour des Mores disposés à nous barrer le chemin; mais bientôt une sonnerie amie retentit dans le bois : nous avons rejoint la seconde colonne, la redoute de Supángan est en son pouvoir. Ici, comme à Sanditan, on s’est jeté vaillamment sur le front garni de canons, et le gros des Mores s’est échappé par la face op- posée. Un sergent européen du régiment Rey a eu les deux jambes hachées d’un coup de mitraille; on a perdu peu de monde du reste. Le fort renferme quatre pièces d’artillerie en batterie et deux non montées, en outre une immense quantité de riz. Les deux colonnes réunies établissent leur camp dans la redoute et aux alentours.

Il pleut toute la nuit et une partie de la matinée du 8 mai, ce qui rend le terrain presque impraticable. Le brigadier envoie un officier du génie avec une compagnie d’infanterie à la recherche de la troupe partie de Pollok, et me renvoie moi-même avec une autre compagnie d’infanterie à Sandîtan, pour démonter le canon de 16 et le déposer au bord du ruisseau, où une barque ira le prendre. En quittant le camp, nous trouvons le bois qui l’entoure rempli de Mores qui se glissent dans les fourrés; les soldats vont par détachemens les chasser comme du gibier; on entend de tous côtés des coups de feu, et l’on rencontre, revenant vers Supángan, des escouades qui ramènent les hommes blessés. Ils racontent d’un ton animé leurs combats avec des ennemis embusqués qu’ils ont laissés sur le carreau. Au sortir du bois, nous apercevons quelques groupes de Mores qui suivent à distance notre marche et paraissent épier le moment où nous approcherons de la cota. L’ennemi aurait-il placé quelques lantacas dans la redoute encore intacte? Cela pourrait être, et nous nous attendons à le voir nous offrir le combat derrière son