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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/348

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cien vous apprend que la machine en est à sa dernière traversée et ne pourra plus servir avant d’avoir été réparée à fond, on est bien aise, au bout de trois jours, d’apercevoir la côte de Luçon.

Après la Punta Capones [1], qu’on reconnaît d’abord, on côtoie les montagnes boisées qui se terminent au cap Mariveles; puis, passant entre ce cap et la petite île du Corregidor, on se trouve dans un véritable golfe qui a près de 150 kilomètres de pourtour. C’est la fameuse baie de Manille. Trop vaste pour qu’on puisse jouir d’une vue d’ensemble, elle ne répond pas à la renommée de beauté imposante qu’on lui a faite. On n’aperçoit que les points les plus élevés de ses rivages comme autant d’îlots à l’horizon, et les trois heures que nous mettons à la traverser avant de mouiller devant Manille sont trois heures de désappointement.

Il fait nuit close lorsque nous nous dirigeons vers la terre dans un de ces lourds canots que les Espagnols appellent falúas. Nous remontons lentement le fleuve Pásig, qui sépare Manille de ses faubourgs. Les mille fanaux des grosses barques qui se pressent le long des quais, les innombrables lumières des boutiques chinoises de Binondo, les chants des Indiens qui résonnent dans le calme d’une belle nuit tropicale, ont quelque chose de féerique; l’attrait de la nouveauté, le charme de l’inconnu, rendent l’impression plus vive encore.

Mais différens un moment les descriptions particulières pour jeter d’abord un coup d’œil rapide sur l’ensemble de l’archipel. Comprises entre le 5e et le 19e degré de latitude nord, le 115e et le 125e degré de longitude est, les îles Philippines présentent une superficie plus grande que celle de l’Angleterre et égale environ à la moitié de celle de la France. Elles peuvent se diviser en trois groupes principaux : au nord, la grande île de Luçon, qui renferme Manille, capitale de la colonie; au sud, l’île un peu moins grande de Mindanao; entre les deux, les îles Bisayas, dont les plus importantes sont, en commençant par l’ouest, Panay, l’Ile des Noirs (Isla de Negros), Cebú, Leyte et Sámar. Les Espagnols comprennent encore dans leurs possessions la longue île de Paláuan ou Paragua, située fort à l’ouest des Bisayas, — et au sud de Mindanao la chaîne des îles Joló ou Soulou, dont le souverain indigène reçoit une subvention de l’Espagne.

La colonie est régie par un général de division de l’armée espagnole. Comme d’ordinaire, son grade et l’avènement de tel ou tel parti au pouvoir ont surtout contribué à l’élever à ce poste; pour l’en faire descendre, il suffit d’un changement de ministère en Es-

  1. Tous les noms propres sont écrits avec l’orthographe espagnole.