Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/347

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LUÇON ET MINDANAO
RÉCIT ET SOUVENIRS D’UN VOYAGE DANS L’EXTREME ORIENT.

Un voyage aux extrémités de l’Asie est devenu chose si facile, qu’on parle aujourd’hui d’aller en Chine ou au Japon comme on pouvait parler, il y a trente ans, d’aller en Italie ou en Espagne, et ces pays lointains nous seront bientôt plus familiers que certains coins de notre Europe. Cependant quelques terres asiatiques, bien que voisines des routes suivies par les paquebots, restent en dehors du grand mouvement qui se fait autour d’elles, n’attirent que de loin en loin le voyageur, et sont encore imparfaitement étudiées de ceux même qui en sont les maîtres. Les îles Philippines sont de ce nombre; l’Espagne, qui les possède, ne les a encore ni explorées à fond, ni entièrement conquises, et à côté des parties que sa domination a civilisées s’étendent des régions inconnues et des peuplades en lutte constante avec son autorité. C’est un épisode de cette lutte auquel il nous a été donné d’assister, ce sont les impressions rapportées d’un séjour de quelques mois dans l’archipel, que nous voudrions raconter ici, en recueillant nos notes de chaque jour, prises au milieu d’autres occupations qui nous laissaient rarement quelques heures de loisir.


I.

Les paquebots des Messageries impériales et de la Compagnie péninsulaire-orientale passent à côté des îles Philippines sans y toucher. Des bâtimens à vapeur espagnols de la marine de l’état vont chercher à Hong-kong la correspondance et les rares passagers pour l’archipel. Ces bâtimens sans cargo sont secoués comme des bouteilles vides par les lames courtes et irrégulières de la mer de Chine; aussi, quand on les voit vieux et fatigués, quand le mécani-