Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/340

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


munications régulières entre les diverses parties de leurs habitations; mais il n’y avait point de squelette qui attestât l’effort d’un fugitif devant les murs percés. Ce n’est qu’au forum triangulaire qu’on a reconnu en effet, en 1812, auprès des squelettes écrasés sous la chute du portique, une lame d’argent sur laquelle étaient gravées les figures de Bacchus et d’Isis, un sistre, un petit seau orné de bas-reliefs relatifs au culte d’Isis [1]. La jambe de l’un des squelettes portait encore un anneau d’argent et un anneau de bronze plus grand.

Dans toute étude historique, les fables doivent être rejetées; mais elles paraissent surtout puériles dans un sujet où la vérité suffit si bien pour émouvoir. Qu’y a-t-il, par exemple, de plus touchant que le sort des malheureux qui se sont réfugiés dans le souterrain de la maison de Diomède? Qu’y a-t-il de plus éloquent que les cadavres rencontrés par les ouvriers de M. Fiorelli sur la voie publique, et moulés par la cendre pendant leur agonie même?

On sait que la maison de Diomède est appelée ainsi parce qu’on a trouvé à peu de distance, sur la voie des Tombeaux, une inscription funéraire qui portait le nom de Marcus 1rrius Diomedes; on a voulu que le tombeau et la maison la plus voisine appartinssent au même propriétaire, et comme cette habitation avait un jardin plus grand que les habitations de l’intérieur de Pompéi, on en a conclu que c’était une maison de campagne. Il est au contraire très probable que cette demeure était celle d’une famille romaine venue avec la colonie de Sylla ou d’Auguste, qu’elle faisait partie du quartier ajouté à la ville osque sous le nom de Pagus Augusto-Felix, et qu’elle avait été destinée non pas aux douceurs de la villégiature, mais au commerce très actif d’un marchand en gros. Ce marchand, qui approvisionnait les petites boutiques sans caves de la ville, avait fait construire trois immenses caves sur les trois côtés de son jardin (xystus) et ses amphores pleines de vin et d’huile y étaient rangées [2], le pied dressé dans le sable; mais, comme cette démonstration ne peut se faire sans entrer dans beaucoup de détails, acceptons ici le nom consacré de maison de Diomède.

Le 12 décembre 1772, Je directeur des fouilles fit déblayer l’entrée du souterrain et retirer les cendres qui le remplissaient dans toute sa hauteur. A peine se fut-on avancé, qu’on découvrit dix-huit squelettes d’adultes, un squelette de jeune garçon et celui d’un

  1. Ernest Breton, Pompeia, 3e édit., p. 150.
  2. Comme on était au mois d’août, la récolte du vin et de l’huile n’était pas encore faite. C’est pourquoi l’on n’a trouvé qu’une centaine d’amphores dans un cellier qui en pouvait contenir plusieurs milliers.