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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/282

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généraux que le comte de Broglie doit se renfermer, sans jamais donner à entendre que sa majesté se déterminera pour la maison de Saxe plutôt que pour tout autre concurrent [1]. »

Naturellement ces discours généraux ne faisaient pas l’affaire du prince de Conti; aussi n’en était-il nullement question dans les instructions confidentielles qu’il remit au comte au nom du roi. Là au contraire tous les moyens d’agir efficacement dans l’élection future étaient passés en revue, tous les agens avec lesquels le prince était déjà en relation étaient énumérés et leur caractère décrit avec soin, tous les appuis que le dessein secret pouvait trouver chez les puissances voisines de la Pologne étaient soigneusement indiqués. Rien, en un mot, n’était épargné pour exciter le zèle de l’ambassadeur, mais comment ferait-il pour accorder le zèle qu’on lui recommandait tout bas avec la prudence qu’on lui commandait tout haut? C’était la difficulté que le prince se posait en terminant, et le procédé qu’il indiquait pour en sortir ne simplifiait guère le problème.

« Il serait très utile, disait-il, d’aiguillonner le ministre et de lui faire prendre par différens points de vue un tel intérêt aux affaires de Pologne, qu’il soit conduit à faire pour l’objet qu’il ignore ce qu’il ferait, s’il le connaissait et qu’il fut chargé de la réussite... Le roi, ajoutait-il, est bien aise que, tout en remplissant ses vues, vous vous procuriez la permission de ceux qui en ont naturellement la direction; cela lui évite des embarras. Pourtant il est des circonstances où cette méthode n’est pas sans inconvéniens [2]. »

Muni d’ordres si concordans et si clairs, le comte se mit en campagne vers la fin de l’été de 1752. Pour se rendre à Dresde, il devait traverser la Silésie, province conquise tout récemment par la Prusse, et rencontrer à Breslau l’illustre Frédéric lui-même, en train de visiter sa nouvelle possession. Là une première difficulté l’attendait. La Prusse comptait toujours au nombre des alliés naturels de la France, et en sa qualité de garant du traité de Westphalie le roi de France était le protecteur de cette monarchie, comme de toutes les puissances secondaires d’Allemagne; mais durant la dernière guerre, si glorieuse et si heureuse pour la Prusse, Frédéric s’était montré allié peu sûr et protégé peu reconnaissant. En campagne, il avait toujours agi comme général en chef et non comme simple auxiliaire, suivant les impulsions de son impétueux génie, sans se mettre en peine de faire concorder ses mouvemens avec les plans de

  1. Instructions du comte de Broglie. — Dépêches officielles de Pologne, 14 juillet 1752. (Ministère des affaires étrangères.)
  2. Le prince de Conti au comte de Broglie, 26 septembre 1752. (Correspondance secrète, ministère des affaires étrangères.)