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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/254

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REVUE DES DEUX MONDES.

transformations qui s’accomplissent ! mais en vérité le peuple ne fait que cela depuis quelque temps ; il n’a pas laissé échapper une occasion de manifester ses vœux. Est-ce qu’il n’a pas dit son opinion dans les élections ? Est-ce qu’il n’a pas laissé voir ce qu’il pensait en acceptant tout d’abord avec un sentiment de confiance renaissante un ministère dont l’avènement était la consécration victorieuse d’une révolution pacifique ? Ces réformes qu’on soumet aujourd’hui à son vote, c’est lui qui les a réclamées, qui les a inspirées ; où était la nécessité d’une sanction particulière ? Cette ratification morale et anticipée suffisait évidemment. Le ministère n’a pas vu qu’aller au-delà, c’était dénaturer une situation tout entière, se livrer au hasard ou à ce qu’on pourrait appeler une politique d’imagination, et que ce qu’on pouvait gagner n’était pas en proportion de ce qu’on pouvait perdre.

La vérité est que, même dans le cas du succès le plus incontesté, le gouvernement n’a pas beaucoup à gagner, qu’il n’aura ni un ami de plus ni un ennemi de moins, et que dans le cas d’un échec relatif ou d’un demi-succès au contraire il a tout à perdre ; il sort de cette épreuve vaincu, énervé, affaibli dans son principe, réduit enfin à céder le terrain pied à pied devant un vote propre à enflammer toutes les passions ou à tenter de reconquérir son ascendant par quelque coup d’éclat. Voilà la conséquence, et cette conséquence, à vrai dire, elle tient à la manière même dont la question est posée, à cette inévitable équivoque qui met enjeu touta une situation. Le gouvernement, nous le savons bien, a fait ce qu’il a pu pour dissiper les obscurités, pour simplifier le plébiscite en le ramenant à son expression la plus inoffensive. La formule du vote le dit, la proclamation impériale l’affirme, et la circulaire ministérielle l’explique plus nettement encore : ce que l’on met aux voix, ce n’est ni l’empire, ni la dynastie, ni même la constitution tout entière, c’est la métamorphose libérale qui se poursuit depuis 1860, c’est l’ensemble des réformes inscrites dans le sénatas-consulte du 20 avril. Malheureusement il est plus facile de tracer des distinctions idéales dans un discours ou dans une proclamation que dans la réalité. Proposer à une masse de 10 millions d’hommes de voter sur un nom, sur un principe qui parle à l’imagination, sur une forme de gouvernement définie, cela peut s’expliquer encore ; lorsqu’il s’agit de problèmes laborieusement combinés, subtils, obscurs, de nuances constitutionnelles, ce n’est vraiment plus aussi facile, et le moins qui puisse arriver, c’est qu’on n’y comprenne rien. Le gouvernement inscrit dans le plébiscite les réformes libérales récemment accomplies, rien de mieux ; mais en même temps il livre à la ratification du peuple le sénatus-consulte du 20 avril dans son ensemble. Or ce sénatus-consulte, c’est l’établissement impérial tout entier avec ce qu’il a de vieux et ce qu’il a de nouveau, avec une série de dispositions organiques, les unes sollicitées et acceptées, les autres sé-