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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/243

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SIMIDSO SEDJI.

dont les juges, qui au fond du cœur sympathisaient probablement avec lui, parurent se contenter. Il déclara qu’immédiatement après le meurtre il s’était séparé de Tzé-ziro, et qu’il ne l’avait pas revu. Tzé-ziro avait annoncé l’intention de se joindre aux lonines du nord. Il le désigna comme un homme d’à peu près son âge, peut-être un peu plus jeune, ayant les manières et le langage d’un noble. Il ne lui connaissait aucun signe particulier ; mais il donna une minutieuse description de son costume et de ses armes.

Le jugement, prononcé à Yédo, affiché dans les principales rues de Yokohama, condamna Simidso Sedji à la peine de mort par le sabre. Le vol avoué par le criminel était l’objet d’une mention particulière dans le jugement, et pour beaucoup de Japonais cette circonstance avait aggravé la peine ; c’est pour cela qu’il avait été condamné à recevoir la mort de la main du bourreau, et qu’on lui avait refusé la grâce de mourir d’une manière plus douloureuse, mais plus honorable. Le jugement arrêta en outre que le coupable serait promené à cheval dans les rues de Yokohama pour servir d’exemple au peuple, que son exécution aurait lieu à Tobi, l’un des faubourgs, et que sa tête resterait exposée pendant trois jours à la principale porte d’entrée de la ville.


V.

Au mois de janvier suivant, environ trois mois après l’assassinat de Baldwin et de Bird, mon domestique, le vieux Také, vint m’informer qu’il avait lu une affiche japonaise annonçant que Simidso Sedji arriverait dans le courant de la journée à Yokohama pour y subir la sentence qui avait été rendue contre lui. J’étais curieux de me trouver face à face avec l’homme qui avait souvent occupé mes pensées durant les dernières semaines, et je dis à Také de m’avertir à temps du moment où passerait le cortège.

Vers trois heures de l’après-midi, le domestique revint m’annoncer que Sedji traverserait Hondjo-dori, la grande rue de Yokohama, et que j’allais le voir passer tout près de la maison. Je sortis aussitôt, et je vis une foule compacte, composée de Japonais et d’étrangers, qui entourait un cheval sur lequel un homme était attaché. Je parvins non sans peine à rester en place, laissant la foule circuler autour de moi, et me trouvai ainsi, au bout de quelques minutes, près du groupe qui servait de point de mire à tous les regards. Le cheval qui portait le condamné était conduit en laisse. C’était une grande bête, forte et paisible, qui allait d’un pas lent et régulier. En avant, marchaient quelques soldats sans ordre ; l’un d’eux portait au bout d’une longue pique un large écriteau qui con-