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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/239

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SIMIDSO SEDJI.

s’occuper autrement de lui. Le matin suivant, il avait subi un premier interrogatoire. Le juge lui avait demandé d’où il venait, quels étaient ses moyens d’existence, où il allait. Les réponses de Sedji n’avaient pas paru satisfaisantes, et on l’avait averti qu’on le soumettrait sans plus de délai à la torture, s’il ne se décidait à parler à la justice avec le respect qui lui est dû, c’est-à-dire en avouant la vérité.

Sedji demanda qu’on lui épargnât la torture, s’engageant solennellement à tout révéler et à répondre sans détour aux questions qu’on lui adresserait. « J’ai assassiné, avait-il dit dès le début ; mais j’espère que l’on m’accordera la grâce d’expier ma faute en homme noble, en me laissant mourir de ma propre main. » Le juge, loin de rien promettre, avait préalablement exigé du prisonnier une confession complète de son crime. Sedji, après l’avoir supplié de nouveau d’intervenir en sa faveur et de prendre en considération sa naissance, afin de lui épargner la mort honteuse d’un vulgaire criminel, avait alors, dans le langage des classes élevées, raconté sa vie entière. Cette confession fut publiée en langue japonaise à Yédo ; les journaux de Yokohama en donnèrent un abrégé en anglais.

« Je m’appelle Simidso Sedji, dit le prisonnier, et je suis né dans la province d’Awomori. J’ai vingt-cinq ans. J’ai à peine connu ma mère ; je n’avais que trois ans lorsqu’elle quitta mon père, qui ne l’aimait plus, et se retira auprès de ses parens. Elle mourut sans que je l’aie jamais revue, lorsque j’avais sept ou huit ans. Je fus élevé par la seconde femme que mon père avait épousée après le départ de ma mère. Nous vivions alors dans l’opulence. Mon père occupait un rang élevé dans la maison du prince, et son revenu était considérable ; mais un jour il se prit de querelle avec un des proches parens du maître, et celui-ci le congédia. Nous quittâmes alors Awomori, et nous vécûmes pendant quelque temps dans une petite ville de Sendaï. Ma belle-mère ne nous avait pas suivis, car mon père, prévoyant que nous ne tarderions pas à tomber dans la misère, l’avait laissée chez ses parens. Elle lui écrivit de temps en temps et lui envoya un peu d’argent ; mais elle était pauvre elle-même, et la gène de mon père devint bientôt excessive. Il vendit ce qu’il possédait, ne gardant que quelques habits et ses armes habituelles, qui lui venaient de son père. Enfin il tomba malade et mourut en peu de jours. Il ne me laissa d’autre héritage que ses armes, car ses habits mêmes avait été vendus durant sa maladie.

« J’avais été élevé avec soin, et l’usage des armes m’était familier. J’offris mes services à plusieurs princes et officiers, mais je ne réussis pas à trouver de maître. On me dit partout que l’empire déclinait en puissance et en richesse, que son antique gloire était ter-