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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/219

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SIMIDSO SEDJI
RÉCIT JAPONAIS

I.

La petite ville de Yokohama est située sur la côte orientale de Niphon, la principale île de l’empire japonais. Bien peu de gens en Europe en connaissaient l’existence il y a une douzaine d’années. Placée loin du Tokaïdo, la grande route qui traverse le Japon depuis Nagasaki, au sud, jusqu’à Hakodadé, au nord, elle n’avait pas même été aperçue par les rares voyageurs hollandais qui, sous l’égide d’une ancienne convention, se rendaient, à de longs intervalles, de Décima, leur résidence, à Yédo, et passaient alors à une faible distance du futur emporium du commerce japonais avec l’Occident. C’est seulement en 1859 que quelques personnes en relations d’affaires avec l’extrême Orient apprirent qu’un port inconnu, appelé Yokohama, situé non loin de Yédo, la résidence du taïkoun, venait, en vertu de récens traités conclus avec les États-Unis, la France, l’Angleterre, la Hollande et la Russie, d’être ouvert au commerce étranger.

Les négocians de Shanghaï et de Hongkong, en Chine, un petit nombre des résidens de Singapoure et de Batavia, furent les premiers à tirer parti de cette nouvelle. En Europe, on est généralement méfiant lorsqu’il s’agit d’expéditions lointaines, de spéculations à longue échéance. La prudence y est considérée comme la première vertu du commerçant, et tout homme jouissant d’un certain crédit oserait à peine s’engager ouvertement dans des entreprises dont les bénéfices ne seraient pas clairement prévus. Dans l’extrême Orient, on est moins timide. Les Européens et les Américains qui se sont résolus à y venir chercher fortune sont pour la plupart des hommes jeunes. Cette résolution et le commencement de la mise