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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/199

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LA MENDICITÉ DANS PARIS.

inconvénient ; des ordonnances de police furent rendues le 3 messidor an IV, le 3 avril 1828, le 14 décembre 1831, le 17 novembre 1849, le 30 novembre 1853 ; enfin une dernière, promulguée le 28 février 1863 et résumant les précédentes, régla la matière d’une façon définitive. Les principales dispositions stipulent que tout individu qui veut se livrer à la profession de bateleur, de joueur d’orgue, de chanteur ou de musicien ambulant, doit se munir d’une permission délivrée par la préfecture de police. Pour l’obtenir, il faut être Français, domicilié depuis un an dans le ressort de la préfecture, et avoir une moralité suffisante pour résister aux chances d’une enquête. Cette autorisation doit être renouvelée tous les trois mois ; elle est transcrite sur un livret que l’on remet au permissionnaire, et qui, indépendamment de l’ordonnance in extenso du 28 février 1863, contient la nomenclature de 63 emplacemens où de tels métiers peuvent s’exercer sans contrainte et sans inconvénient. De plus le port d’une médaille numérotée est de rigueur. Il est expressément interdit à ces industriels de carrefours de se faire accompagner par des enfans âgés de moins de seize ans, de prêter leur médaille, de deviner, de pronostiquer ou d’expliquer les songes, de se livrer en public à aucune opération qui pourrait se rattacher aux professions de pédicure ou de dentiste. Une décision délibérée et prise en conseil d’administration a fixé à 600 le chiffre des autorisations qui pourraient être accordées, 150 aux bateleurs, 150 aux joueurs d’orgue, 150 aux chanteurs, 150 aux musiciens. Ce maximum n’est pas atteint aujourd’hui, et dans chaque catégorie on s’est arrêté à 100. Le nombre en est cependant bien plus considérable. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil dans les cours des maisons, dans les cafés de bas étage ; mais c’est là de l’industrie privée, nul n’a le droit d’empêcher un propriétaire de maison ou de restaurant de laisser entrer chez lui les chanteurs et les musiciens. Ceux que j’ai sommairement désignés peuvent seuls exercer leur métier sur la voie publique.

Parmi les bateleurs qui se sont fait une certaine réputation à Paris, il faut compter en première ligne Pradier le bâtonniste. C’était un ancien garçon marchand de vin, qui, placé à l’une des plus mauvaises barrières de Paris et souvent obligé de faire évacuer le cabaret dont il avait la garde, était parvenu à manier la canne avec une adresse redoutable. Par suite d’une très haute intervention, il était autorisé à exercer ce qu’il appelait « son art » dans toutes les villes de l’empire, et à Paris on lui avait concédé certains emplacemens interdits aux autres saltimbanques, notamment un coin de la place de la Madeleine, la place des Pyramides, la place de la Bourse le dimanche, le carré Marigny aux Champs-Élysées ; il ne