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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/132

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REVUE DES DEUX MONDES.

Tout d’abord M. Steenstrup constata que les kjœkkenmœddings étaient composés presque uniquement de coquilles appartenant à quatre espèces de mollusques marins qui, à raison de leur genre de vie, ne peuvent se trouver réunies qu’accidentellement. Ce sont, parmi les bivalves, l’huître, la moule commune et la bucarde, parmi les univalves, la littorine. Or les bancs d’huîtres ne se forment qu’à une profondeur assez considérable ; les moules au contraire tapissent les rochers que découvre chaque marée ; les bucardes s’enfoncent dans le sable ; les littorines vivent presque à sec, à une hauteur telle que parfois les vagues, en se brisant, peuvent à peine les atteindre. Par conséquent, l’homme seul pouvait avoir réuni ces animaux en masses aussi considérables que celles dont nous avons parlé. En outre la presque totalité de ces coquilles avait appartenu à des individus adultes. Elles avaient donc été choisies. Dans quelle intention ? Il était facile de répondre à cette question en observant que les valves d’un même individu n’étaient à peu près jamais jointes. Il devenait évident qu’elles avaient été séparées artificiellement pour pouvoir atteindre et manger l’animal. Évidemment aussi les os de vertébrés disséminés au milieu des coquilles marines étaient les restes des repas de ces premiers habitans des côtes danoises.

Pouvait-on déterminer l’époque à laquelle avait vécu cet homme des kjœkkenmœddings ? Oui, répondit M. Steenstrup, car parmi les ossemens d’oiseaux recueillis au milieu de plusieurs autres, figuraient ceux du coq de bruyère, qui se nourrit des bourgeons de conifères, et qui a quitté le Danemark depuis que ces arbres ont disparu. C’est donc à l’époque du pin, c’est-à-dire aux premiers âges de la flore danoise, qu’il faut faire remonter l’existence du peuple pêcheur et chasseur dont il s’agit. Les restes de mammifères apportaient d’autres enseignemens. Les os longs avaient été fendus pour en extraire la moelle, toujours recherchée comme un mets délicat par les peuples sauvages, et parmi eux on en trouvait ayant appartenu incontestablement à un chien. Celui-ci avait donc été mangé par les premiers Danois, comme il l’est encore aujourd’hui par les Peaux-Rouges, les Polynésiens, les Chinois ; mais ce chien était-il domestique ou sauvage ? M. Steenstrup répondit encore à cette question. L’homme ne se nourrit pas plus des os d’oiseaux que des autres ; en outre on ne trouve dans les kjœkkenmœddings, comme restes de ces vertébrés, que les os longs, dont les parties les moins résistantes, les extrémités, sont toujours enlevées d’une manière irrégulière. M. Steenstrup pensa que des chiens, compagnons de l’homme dès cette époque, avaient mangé les os les plus tendres et laissé seulement ceux qui résistent sans fournir de sucs nourriciers. Pour s’en assurer, il mit pendant quelques jours un certain nombre de ces animaux au régime des os d’oiseaux, et