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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/12

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nemens terribles ont en quelque sorte déformé ce sol dont la beauté primitive peut à peine être conçue.

Avant de faire un effort pour retrouver ces images perdues, il faut entrer dans l’antiquité et demander des secours à l’histoire. Il ne suffit pas de s’élancer dans le vide : pour arriver à quelque vraisemblance, il faut chercher un point d’appui dans les traditions écrites, qui sont peu nombreuses, et dans les traditions locales, autant qu’elles touchent à l’archéologie.

Et en premier lieu quel peuple, vraiment digne d’envie, possédait un pays tellement privilégié ? Quel était le tempérament ou le génie des habitans de ce paradis terrestre ? Il est constant que la côte de la Campanie, entre Herculanum et Stabies, était occupée par les Osques ; ils se prétendaient autochthones, se confondaient avec les antiques Ausoniens chantés par les poètes, et parlaient une langue qui n’était pas sans parenté avec celle des Latins, que l’on comprenait à Rome, et qu’ils écrivaient avec des caractères empruntés au vieil alphabet dorien. D’abord les Osques étaient agriculteurs et guerriers comme les populations montagnardes, ils étaient rudes, aimaient le travail ; mais peu à peu ceux qui occupaient la plaine (campani) subirent l’influence d’un climat enchanteur qui les portait à la mollesse ; ils changèrent de mœurs, recherchèrent les arts et les plaisirs. Ce qui contribua surtout à les adoucir, ce fut le contact des étrangers, qui leur apportaient une civilisation plus avancée.

Les premiers paraissent avoir été les Phéniciens, ces grands navigateurs, qui cherchaient partout des débouchés pour leur commerce, des sources de matières premières, des abris sûrs pour leurs vaisseaux. Pompéi leur devait le culte de Vénus, d’une certaine Vénus Physica[1], dont l’origine asiatique n’est point contestée, et qui devint, comme à Corinthe, la divinité protectrice de la ville. En effet, dans le temple qui est contigu au forum, et que ce n’est point ici le lieu de décrire, on n’a pas assez remarqué, dans la cella même, à gauche, une grosse pierre de forme conique, semblable aux idoles primitives que l’on conservait dans les temples de l’Asie--

  1. On jurait par Vénus pompéienne. Qui n’a vu reproduit ce joli grafito:
    Candida me docuit nigras odisse puellas.
    « Une blanche jeune fille m’a appris à haïr les filles à la peau noire. » Un plaisant écrivit au-dessous :
    Oderis, sed iteras.
    Scripsit, Venus Physica Pompeiana.
    « Tu les hais, mais tu y reviens. Signé, Vénus Physica Pompéiana. »