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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1041

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Un pays reste fidèle à ses traditions, à ses goûts ; on aura beau restaurer les textes et pieusement vouloir remettre les choses à leur place, le public français, en fait de Freyschütz, ne connaîtra jamais que son Robin des Bois.

S’il existe deux esprits ayant une parenté tout à fait particulière, c’est assurément Hoffmann et Weber ; rapprocher ces deux noms sur une affiche était une idée ingénieuse : un ballet nouveau, Coppélia, termine en effet le spectacle, auquel, volens, nolens, le grand Freyschütz sert très humblement de lever de rideau. Or Coppélia, c’est le féminin de Coppélius, et qui ne connaît l’histoire de l’homme au sable ? Cette idée du conte fantastique semble depuis quelque temps énormément préoccuper M. Nuitter. Après l’avoir une première fois mise à profit aux Bouffes-Parisiens dans la Princesse de Trébizonde, voilà qu’il en fabrique maintenant un ballet ; si par hasard il lui plaisait quelque jour d’en tirer une comédie pour le Gymnase, nous serions en mesure de lui indiquer une étude dramatique de M. Frédéric Van Helmont, publiée il y a quelques années en Allemagne. Cela s’appelle les Automates ; on n’aurait qu’à traduire, car la pièce est toute faite, et cette question de l’existence artificielle transmise à des poupées de cire ou de bois avait fourni au jeune auteur des boutades philosophiques, qui pourraient sans doute encore avoir leur prix même après les pantalonnades d’une opérette-bouffe et les charmans lazzi d’une ballerine de quinze ans. « Monter le ressort ! moyen unique d’agir avec les automates comme avec les hommes ; le tout est de savoir s’y prendre, car le ressort varie beaucoup : l’amour, l’ambition, la gourmandise, l’envie, la soif de l’or, autant d’individus, autant de mobiles différens, tandis qu’avec mes automates le ressort au moins ne change pas. J’ai connu les hommes, et j’ai fait des automates ; j’ai fabriqué des automates, et j’ai appris à ce métier l’art de conduire et de gouverner les hommes. Croyez-moi, monseigneur, une mécanique vaut l’autre, le tout est d’avoir bien étudié les ressorts pour les faire jouer au moment convenable. » Et la pièce allemande continue ainsi sur le ton humoristique avec une intrigue plus ou moins compliquée, mais qui se suit et se dénoue. En voyant au second tableau du ballet la jeune fille prendre la place de la poupée, chacun s’imaginait que la substitution allait amener quelque chose : non pas ! c’était uniquement de l’art pour l’art, un prétexte à toute sorte de virtuosités mimiques et chorégraphiques. L’auteur de la comédie à laquelle je fais allusion ne se contente pas de transporter tel quel sur les planches le mannequin du conte ; s’il prend le motif hoffmanesque, c’est pour le varier à sa guise, pour en tirer tout ce qu’il peut rendre en ingéniosités drolatiques. J’ouvre la scène suivante qui prépare le dénoûment, et donnera au lecteur français la vraie note de ce petit drame, que j’aimerais à voir traduire pour un de nos théâtres de genre.

« Le margrave. — Comment me tirer de là ? car je ne puis cependant