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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1028

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constitution nouvelle, qui ne serait guère que la douzième ou la treizième dans notre histoire depuis quatre-vingts ans ? En serions-nous plus libres ? C’est une confusion qu’on fait sans cesse et à tout propos, même involontairement et sans y songer. On a soulevé par exemple et on va discuter bientôt la question assurément la plus sérieuse et la plus délicate, celle de la décentralisation. Rien n’est plus utile sans doute, comme aussi rien n’est plus dangereux ; rien ne sera plus stérile, si on ne resté pas dans la vérité pratique des choses. On se met à l’œuvre, et de quoi s’occupe-t-on tout d’abord ? On va droit à la nomination des maires, c’est-à-dire qu’on commence par la fin, parce qu’il est de toute évidence que le mode de désignation des magistrats municipaux doit se dégager naturellement du système général d’organisation qu’on adoptera ; nous serions un peu tentés d’ajouter qu’on commence par le superflu, parce qu’au bout du compte un maire peut être choisi par le gouvernement ou élu par un conseil municipal, sans qu’il y ait un atome de liberté de plus ou de moins dans le pays. On ne voit pas que la première chose à faire serait d’attaquer le mal dans sa racine, de dégager l’initiative individuelle, l’initiative locale de ce système de ligature qui l’étreint, de cette multitude de formalités inutiles, gênantes, souvent irritantes, qui prolongent les plus simples affaires pendant des mois, quelquefois pendant des années. C’est là qu’il y a immensément à faire, et pour accomplir ces réformes qui peuvent raviver l’esprit d’initiative, rendre vraiment le pays à lui-même, il n’est pas besoin d’invoquer le pouvoir constituant, ni d’attendre la république ; il suffit d’un régime sensé qui se prête à cette œuvre salutaire, et ici nous retrouvons cette théorie aussi éloquente qu’ingénieuse de la monarchie constitutionnelle que le duc de Broglie développe dans ses Vues sur le gouvernement de la France. La monarchie constitutionnelle, sincèrement et virilement pratiquée, bien entendu, a le mérite de se plier à tout sans rompre. L’église fermée de la rue de la Sourdière pourra chercher, elle ne trouvera pas mieux, parce qu’il n’est pas démontré qu’on soit plus libre à Washington qu’à Londres, parce qu’en fin de compte le régime constitutionnel a cet avantage souverain d’être la monarchie sans ses dangers de prépotence personnelle, et la république sans sas dangers de guerre civile ou de bouleversemens périodiques.

Depuis qu’il est réuni, le corps législatif a remué plus qu’il n’a résolu bien des questions intérieures, et il a encore devant lui cette laborieuse discussion du budget où tout revient à la fois. Il ne s’était pas occupé jusqu’ici des affaires étrangères, lorsqu’il y a peu de jours, vers la fin d’une séance, une petite interpellation lancée à l’improviste a provoqué tout à coup un certain mouvement de curiosité et d’émotion. Que se passait-il donc ? Il s’agissait simplement du chemin de fer du Saint-Gothard, œuvre commune de l’Italie, de l’Allemagne, de la Suisse, et dont le parlement fédéral de Berlin, avant de se séparer, a eu tout récem-