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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1025

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peut aller tout droit à un dénoûment qui n’est pas précisément celui qu’elle poursuit et devant lequel on a reculé jusqu’ici : la dissolution du corps législatif.

On a fait ce qu’on a pu pour l’éviter. Le pays, nous en convenons, s’est montré peu favorable et n’a aucune passion pour ces votes répétés qui mettent tout en mouvement. Le gouvernement ne s’est point hâté jusqu’ici, il est resté sourd à toutes les provocations. Dans le corps législatif lui-même, beaucoup de membres de la gauche tout aussi bien que de la droite ne sont nullement pressés de se remettre en campagne et de recommencer la course au clocher électorale. Cette dissolution, dont personne ne veut, elle peut cependant devenir inévitable, et le ministère doit bien le sentir, puisqu’il en est à préparer une loi électorale. La dissolution peut devenir d’autant plus inévitable que les incidens parlementaires qui se succèdent, la confusion des partis, les difficultés d’une situation pleine d’incohérences, finissent par accoutumer les esprits à cette idée comme à une nécessité. On en vient à se dire que ce corps législatif, élu en somme dans des conditions bien différentes, ne répond plus aux circonstances, surtout après le plébiscite, qu’il est même numériquement insuffisant depuis que sa sphère d’action s’est agrandie, qu’une assemblée nouvelle, plus nombreuse, librement élue, offrira nécessairement un cadre élargi où une majorité homogène et rajeunie pourra se former, où les partis, grossis d’un contingent de cent cinquante hommes nouveaux, auront plus de consistance et pourront se mouvoir plus librement. En un mot, voilà ce qu’il faut constater : l’idée a fait des progrès, surtout depuis que la droite, en montrant son impatience, a mis les esprits en garde contre la possibilité d’une évolution de pouvoir qui nous ramènerait en arrière, de telle sorte que par une fausse manœuvre, par une stratégie qui s’est peut-être démasquée trop tôt, on est arrivé à un double résultat qu’on n’avait probablement pas en vue : on a rejeté le ministère vers ses alliés de la première heure, vers le centre gauche, et on a ravivé du même coup la question la plus épineuse qui puisse être agitée aujourd’hui, la question de la nécessité d’une assemblée nouvelle ou de la dissolution du corps législatif.

La droite, au reste, peut s’organiser si elle veut, elle peut lever ouvertement le drapeau contre le ministère, elle est dans son droit, rien n’est plus simple, et la condition qui en résulte pour le cabinet n’est même pas la chose la plus importante. L’essentiel est que, dans cette carrière qui s’ouvre, tous les camps se dessinent, que les partis se dégagent de cet amalgame confus où ils sont tombés, que les groupes libéraux s’organisent à leur tour pour être l’appui efficace, la force d’une situation libérale, et sous ce rapport les mouvemens de la gauche sont un des incidens les plus curieux de cette réorganisation qui s’essaie laborieusement. C’en est donc fait maintenant, la rupture est accomplie.