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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1023

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il a paru cette fois se tourner d’un autre côté, vers le centre gauche, en invoquant avec insistance les souvenirs du 2 janvier, en se plaçant sous la protection de cette date originelle ; une évolution nouvelle le ramène à son point de départ. Rien de mieux, s’il sait avoir une volonté et persévérer dans un dessein, s’il est décidé à en finir avec toutes ces oscillations, qui ne feraient que l’épuiser pour le conduire un jour ou l’autre à quelque vote de surprise et de hasard où il disparaîtrait sans éclat. La vraie force dont il a besoin, ce n’est pas une tactique vaine qui peut la lui donner ; il la retrouvera dans la fixité des idées, dans la pratique sérieuse et indépendante des institutions nouvelles, et, pour tout dire, le meilleur moyen pour lui de se prémunir contre les pièges, de tenir tête à la droite, ce n’est pas de jouer avec elle de ces scènes de raccommodement ou de rupture qui sont de temps à autre l’amusement de la galerie, c’est de lui imposer par l’autorité d’une politique simple et nette, par l’ascendant d’une résolution ferme. Nous faisions intérieurement cette remarque l’autre jour en entendant M. Jérôme David reprocher à M. Émile Ollivier ce qu’il appelait une « politique sentimentale ; » c’est qu’en effet M. Émile Ollivier a toujours l’air d’un homme d’état de fantaisie, attendant l’inspiration, cédant à une émotion du moment et improvisant ce qu’il va faire. C’est peut-être ce qui explique ses succès, et c’est aussi ce qui lui a valu plus d’un mécompte qu’il se fût épargné avec un peu de réflexion.

Assurément, par elle-même la situation, telle qu’elle apparaît aujourd’hui avec ses langueurs et ses confusions, n’est point précisément grave, et même on pourrait dire qu’elle offre de grandes et sérieuses ressources à un gouvernement à demi habile qui saurait s’en servir ; le danger, c’est cette indécision d’un ministère allant à la légère, se démenant dans le tourbillon des partis, entre une droite, qui ne cherche qu’à prendre sa revanche, et une gauche désorganisée, dont la fraction la plus modérée elle-même en est encore à préciser sa situation, à se donner un programme saisissable. Que la droite cherche à prendre une revanche des ennuis qui lui ont été infligés depuis un an, et qu’elle commence à croire le moment favorable, c’est assez visible par quelques-uns des derniers incidens parlementaires, par l’attitude qu’a prise M. Jérôme David, un des chefs du parti, à l’occasion de ce vote de confiance si héroïquement conquis dans le vide par M. le garde des sceaux. La droite, il n’y a point à s’y méprendre, croit toujours être la majorité dans le corps législatif, une majorité qui se prête, qui ne se donne pas. Jusqu’au plébiscite, elle faisait assez triste figure, elle se sentait vaincue ; le plébiscite lui a rendu la bonne humeur, l’espérance, et depuis que l’empereur lui a dit que le vote du 8 mai avait raffermi les pouvoirs du corps législatif actuel, elle est plus qu’à demi rassurée, elle pense avoir le champ libre. Ce qu’elle veut, ce n’est pas renverser le ministère d’un seul coup, le pousser brusquement hors des affaires ; non, elle veut lui